Île-des-Sœurs
05:00 30 mars 2021 | mise à jour le: 30 mars 2021 à 16:26 temps de lecture: 5 minutes

L’une des plus importantes banques de cerveaux à l’Institut Douglas

L’une des plus importantes banques de cerveaux à l’Institut Douglas
Photo: 123RFUn seul cerveau peut servir à une panoplie de projets de recherche différents.

La Douglas-Bell Canada Brain Bank (DBCBB), qui possède l’une des plus importantes banques de cerveaux au monde, a récemment reçu une subvention de la Fondation Brain Canada de 2,14 M$. Les échantillons servent à de nombreuses recherches, notamment sur la dépression et le suicide.

La somme est attribuée à la DBCBB ainsi que ses partenaires, dont le Centre de recherche Douglas. Elle servira entre autres à financer la recherche et des équipements.

Dirigée par les Drs Naguib Mechawar et Gustavo Turecki, la banque de cerveaux est basée à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, à Verdun.

Elle existe depuis 40 ans et héberge actuellement plus de 3600 cerveaux. «On a une renommée importante au niveau de la quantité, mais surtout de la qualité de nos échantillons», souligne Dr Mechawar.

Des chercheurs d’un peu partout contactent régulièrement la banque pour des requêtes de tissus.

L’Institut Douglas possède une trentaine de congélateurs contenant des échantillons cérébraux. Maintenu à -80 °C, il s’agit de l’une des façons de préserver cet organe. D’autres morceaux sont aussi préservés dans le formol, ce qui permet de faire différents types de recherches.

Le prélèvement du cerveau doit se faire le plus rapidement possible au moment du décès. La DBCBB le reçoit sur la glace et s’occupe ensuite de séparer les hémisphères, puis de les conserver.

Recruter les cerveaux

Les échantillons servent pour la recherche du cerveau humain ainsi que les maladies qui peuvent le toucher, comme la dépression, le Parkinson ou l’Alzheimer. Pour comprendre les origines neurobiologiques de différentes maladies, les chercheurs doivent avoir des cerveaux «malades» ainsi que des cerveaux «sains» à titre comparatif.

Depuis environ huit ans, l’Institut Douglas s’associe avec des cohortes cliniques qui possèdent des participants ayant accepté d’être suivis au fil des ans. Ainsi, à la suite du décès, il est possible de mettre en relation des résultats de recherches avec les données obtenus du vivant de la personne.

Auparavant, n’importe qui au Québec pouvait être invité à faire un don de cerveau s’il était intéressé, mais cette méthode de don universel n’existe plus.

Un autre mode de recrutement des échantillons cérébraux concerne le volet psychiatrique. Le Groupe McGill d’études sur le suicide (GMES) a une entente spéciale avec le Bureau du coroner.

«De cette façon, on parvient à obtenir le cerveau de personnes qui se sont suicidées et de personnes décédées accidentellement», explique le Dr Mechawar.

Les personnes qui se sont suicidées étaient habituellement dans un état de dépression majeure, soulève-t-il. Cela peut être relié à des cas de maladie bipolaire et de schizophrénie. «Des cas psychiatriques comme ceux-là, en général c’est plus difficile à recruter», souligne-t-il.

Concrètement, des psychologues associés au centre de recherche contactent les familles des personnes décédées par suicide. «Après offrir un soutien psychologique aux familles, s’ils sentent qu’il y a un intérêt pour faire un don pour la recherche, ils vont l’offrir à la famille», explique Dr Mechawar, précisant que la majorité des familles donnent leur accord.

De plus, avec ce consentement, les familles acceptent de rencontrer les équipes deux mois après le décès. «On fait des entrevues et ça permet de caractériser en profondeur le vécu de la personne», indique-t-il.

Avancée scientifique

Le laboratoire du Dr Mechawar s’intéresse aux conséquences à long terme de la maltraitance infantile sur le cerveau. Au cours des dernières années, il s’est penché sur les conséquences sur l’organisation et la connectivité des cellules du cerveau.

Il a comparé plusieurs types d’échantillons, dont certains de personnes s’étant enlevé la vie qui avaient un historique de maltraitance sévère durant l’enfance. Son étude suggère que la connectivité du cerveau d’une personne maltraitée sera affectée. Il n’y aura pas nécessairement moins de connexions des cellules, mais peut-être qu’elles seront moins efficaces. Si le fonctionnement est altéré, cela peut contribuer à la prédisposition de maladie mentale et au suicide. 

Date de péremption

Saviez-vous que les cerveaux préservés se gardent très longtemps? La banque de cerveaux du Douglas possède des échantillons des années 1980 qui peuvent encore servir à la recherche. Il existe dans certains musées d’Europe des cerveaux qui datent du 19e siècle et qui seraient toujours utilisables pour la recherche. 


Besoin d’aide? Vous pouvez contacter la ligne québécoise de prévention du suicide au 1 866-277-3553.

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