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Le duel sera entre Macron et Le Pen

Frank Augstein / The Associated Press Photo: Frank Augstein
Jean Philippe Angers, La Presse canadienne - La Presse Canadienne

PARIS — Les Français étaient appelés aux urnes dimanche pour déterminer les deux politiciens parmi les 11 candidats à l’élection présidentielle qui s’affronteront au deuxième tour, et le duel dans 15 jours mettra finalement aux prises Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Avec 97 pour cent des votes comptabilisés, le ministère français de l’Intérieur a indiqué que le centriste Emmanuel Macron arrive au premier rang à 23,86 pour cent des voix, suivie par la candidate d’extrême droite Marine Le Pen, à 21,43 pour cent des voix.

Le candidat de droite conventionnelle François Fillon obtiendrait 19,94 pour cent des voix, et Jean-Luc Mélenchon, représentant de la gauche radicale, recueillerait 19,62 pour cent des voix.

Benoît Hamon, du Parti socialiste, dépasse les six pour cent des voix, au cinquième rang.

Devant une foule imposante dans le 15e arrondissement de Paris, M. Macron a appelé à travailler dans les 15 prochains jours à rassembler le plus largement possible autour de sa candidature.

«Le défi à partir de ce soir n’est pas d’aller voter contre qui que ce soit, c’est de décider de rompre jusqu’au bout avec le système qui a été incapable de répondre aux problèmes de notre pays depuis plus de 30 ans. Le défi est d’ouvrir une nouvelle page de notre vie politique et d’agir pour que chacun, avec justice et efficacité, puisse trouver sa place en France et en Europe», a-t-il déclaré devant une mer de drapeaux français et européens et aux cris de «Macron président».

«J’ai entendu vos aspirations à l’alternance véritable, à la vitalité démocratique, à l’exigence écologique et économique, pour construire un avenir avec une France plus forte, une Europe qui protège, j’aurai besoin de (…) votre confiance», a-t-il poursuivi.

Marine Le Pen a déclaré que la première étape qui doit «conduire les Français à l’Elysée» était franchie, et que ceux-ci faisaient reposer sur elle «la responsabilité immense de sa culture, de sa prospérité, de son indépendance».

«C’est un acte de fierté française, celui d’un peuple qui relève la tête, sûr de ses valeurs et confiant en l’avenir», a dit la chef du Front national.

En vue du deuxième tour du 7 mai prochain, elle a appelé les Français à saisir cette «opportunité unique», disant que la mondialisation sauvage met en danger notre civilisation.

«Soit nous continuons sur la voie d’une dérégulation totale, sans frontière et sans protection, avec comme conséquences les délocalisations, l’immigration de masse, la libre circulation des terroristes, le règne de l’argent-roi. Ou vous choisissez la France des frontières qui protègent notre identité nationale», a-t-elle déclaré.

«C’est le choix de l’alternance, la vraie, je vous propose la grande alternance, l’alternance fondamentale, qui mettra en place d’autres visages au pouvoir», a-t-elle poursuivi.

M. Hamon a parlé d’un échec et d’une «profonde meurtrissure». Prenant la parole le premier après l’annonce de résultats préliminaires, M. Hamon a appelé à «abattre l’extrême-droite» en votant pour Emmanuel Macron, «même s’il n’appartient pas à la gauche», disant faire la distinction entre un rival politique et une «ennemie de la république», faisant référence à Mme Le Pen.

M. Fillon, du parti de droite Les Républicains, a suivi, parlant d’obstacles «trop nombreux et trop cruels» à sa campagne. Il a aussi dit qu’il voterait pour M. Macron, jugeant qu’il fallait contrer «un parti extrémiste qui s’approche du pouvoir et qui compte une histoire de violence et d’intolérance». M. Fillon a prédit un chaos en France, et un «chaos européen avec la sortie de l’euro» advenant une victoire de Mme Le Pen.

M. Fillon, éclaboussé notamment par un scandale d’emplois fictifs de sa conjointe et de ses enfants, a affirmé que la «vérité sera écrite», tout en ajoutant que la défaite était «la sienne» et qu’il revenait à lui seul «de la porter».

M. Mélenchon a parlé d’un second tour entre deux candidats «qui approuvent et veulent prolonger les institutions actuelles, n’expriment aucune prise de conscience écologique, et qui les deux comptent s’en prendre une fois de plus aux acquis sociaux les plus élémentaires du pays». Il n’a pas voulu indiquer une préférence entre les deux candidats.

Ces résultats déclencheraient un duel entre un jeune candidat sans expérience électorale et une femme ayant tenté de remodeler l’image d’un parti teintée par le racisme et l’antisémitisme.

Emmanuel Macron, âgé de 39 ans, a créé le parti — ou «mouvement» — En Marche! pour se lancer dans la présidentielle, soutenant ne pas être dans un clivage gauche-droite, et ayant eu comme slogan: «La France doit être une chance pour tous». M. Macron a été ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique dans le gouvernement de Manuel Valls, d’août 2014 à août 2016.

Marine Le Pen, âgée de 48 ans, la fille du fondateur Jean-Marie Le Pen, avait été élue présidente du Front national en 2011. Marine Le Pen avait réalisé un score historique pour la formation de 18 pour cent au premier tour de la présidentielle de 2012.

Le directeur du Centre d’études et de recherches internationales (CÉRIUM) de l’Université de Montréal, Frédéric Mérand, a souligné que les sondeurs avaient très bien anticipé le résultat cette fois, même s’il est «extrêmement serré».

«Il faut déjà penser au 2e tour. La campagne va beaucoup s’orienter autour de ce qui a été le thème principal de la politique française dans les derniers mois, on pourrait dire les dernières années. Il s’agit du clivage entre les partisans de l’ouverture économique et culturelle — l’Union européenne, l’immigration, la mondialisation —, et d’autre part les partisans d’une certaine fermeture économique et culturelle, donc plutôt le protectionnisme, le refus de l’immigration, le refus de l’Union européenne», a soutenu M. Mérand.

Le directeur du CÉRIUM a affirmé que tous les sondages annoncent qu’Emmanuel Macron devrait l’emporter «assez largement».

«Marine Le Pen n’a pas un potentiel de croissance si important. Évidemment, elle pourrait faire autour de 40 pour cent des voix, mais ça semble être son plafond dans l’état actuel», a-t-il affirmé.

L’ex-ministre des Relations internationales du Québec Louise Beaudoin a souligné en entrevue à La Presse canadienne que les deux partis qui ont structuré la vie politique française depuis 50 ans à gauche et à droite étaient en quelque sorte en «décomposition».

«On a vu (…) l’effondrement de la gauche de gouvernement, celle du Parti socialiste, au profit de l’extrême-gauche de Jean-Luc Mélanchon. Ça c’est quand même intéressant. Ça veut dire que la gauche va se reconstituer, on ne peut quand même pas évacuer M. Mélanchon. Et puis à droite, là aussi il va y avoir une recomposition nécessaire, puisque leur candidat n’est pas au deuxième tour. Il va y avoir là des leçons à tirer pour les deux grands partis. Est-ce qu’ils vont se saborder? Est-ce qu’ils vont renaître autrement?», s’est interrogée Mme Beaudoin.

À midi, heure de Paris, les onze candidats avaient voté, de même que le président sortant François Hollande.

Seon le ministère de l’Intérieur, le taux de participation s’est finalement élevé à 78,27 pour cent, légèrement en baisse par rapport à 2012.

Six militantes Femen qui tentaient de s’approcher de Marine Le Pen, alors qu’elle se rendait au bureau de scrutin, ont été arrêtées de manière musclée par les forces de l’ordre.

Trois jours après un autre attentat terroriste sur les Champs-Élysées, ces élections se tenaient sous haute sécurité alors que le gouvernement avait mobilisé plus de 50 000 policiers pour protéger les 70 000 bureaux de vote, en plus des 7000 soldats qui patrouillaient dans les rues.

Pourcentage des voix exprimés au premier tour (avec 96 pour cent des voix comptabilisés):

Emmanuel Macron 23,90

Marine Le Pen 21,42

François Fillon 19,94

Jean-Luc Mélenchon 19,56

Benoît Hamon 6,35

Nicolas Dupont-Aignan 4,75

Jean Lassalle 1,22

Philippe Poutou 1,10

François Asselineau 0,92

Nathalie Arthaud 0,65

Jacques Cheminade 0,18

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