L’Allemagne terrorisée par son extrême droite
Depuis plusieurs années, les néonazis allemands sèment la terreur. Leurs actions ont séduit d’autres groupes, bien au-delà d’Iéna. Avec leurs bottes et leurs vestes de combat, nombre d’entre eux ont erré dans ses rues et commis des agressions. Ils ont acquis du pouvoir politique et certains sont devenus des tueurs. Métro a visité ce berceau de l’extrême droite allemande.
On l’appelle la Maison brune. Il y a une décennie, quand Iéna émergeait comme le pivot de l’extrême droite, c’est l’endroit où les différents groupes se donnaient rendez-vous. Ils y organisaient notamment leur événement annuel, Le Festin du peuple, qui attirait des participants de toute l’Europe. Si les gens approuvaient parfois le point de vue des extrémistes, ils en avaient peur. Les néonazis, qui se tenaient en groupe, agressaient ceux qu’ils n’appréciaient pas.
Mais ce radicalisme avait du succès. Aujourd’hui, le Parti national-démocrate (PND) d’Allemagne a des membres dans plusieurs assemblées parlementaires municipales. Il y a quelques mois, les autorités policières ont dévoilé l’existence du groupe néonazi NSU (Nationalsozialistischer Untergrund), constitué de jeunes résidents d’Iéna, à la suite d’un cambriolage raté. Le groupe avait tué une dizaine de personnes, dont un policier et plusieurs Turcs.
Tout comme la police norvégienne, qui gardait Anders Behring Breivik sous surveillance, la police allemande avait le NSU à l’œil, mais pas vraiment sérieusement. «Pendant des années, nous avons parlé du danger que représentent ces groupes, dit Janine Patz, coordinatrice anti-extrémisme à Iéna.
Depuis la réunification, 180 personnes ont été tuées par des militants d’extrême droite en Allemagne. Mais la police dépendait d’informateurs. Quelle idée ridicule! Les informateurs ne prennent que l’argent et donnent de la fausse information aux policiers.»
«Dans les années 1990, des skinheads attaquaient n’importe qui ayant l’air d’un sympathisant de gauche, explique Lothar König, un jeune pasteur d’Iéna, qui pendant des années s’est opposé pratiquement seul aux néonazis. Ces attaques arrivaient tous les jours, mais les skinheads manquaient d’idéologie. Ils étaient simplement en colère parce qu’ils étaient des parias de la société. Depuis, ils sont devenus politisés. Lorsque je prévenais les écoles, on me disait : «Tout est sous contrôle». Et maintenant que les néonazis rappliquent dans les médias, les gens disent : «Oh mon Dieu! Dix personnes tuées!»
Harald Zeil, un enseignant, est responsable d’un programme anti-extrémisme. «Dans notre société moderne, les gens se sentent seuls, observe-t-il. L’idée d’une communauté forte est attirante.» Un de ses étudiants de 19 ans, Jannik Kirchner, ajoute : «Dans les petites villes où l’économie va mal, ils offrent des services et une aide aux familles dans le besoin. C’est de cette façon qu’ils établissent des liens.»
Les politiciens allemands, déconcertés par le phénomène, pensent à bannir le PND. «C’est une idée stupide, dit Jannik Kirchner. Les néonazis s’organiseraient clandestinement. C’est une illusion entretenue par les politiciens, qui voudraient que le problème soit résolu en interdisant le PND.»