Une assemblée de justiciers!
Une super-équipe composée de membres jeunes (des activistes et des volontaires) et plus âgés (Nelson Mandela, Desmond Tutu) a été formée pour sauver le monde. Rencontre avec les Aînés et les Jeunes.
C’est un peu comme Les pionniers de l’espace, mais dans la vraie vie : de vieux héros qui reprennent du service pour sauver la Terre. La mission du groupe? Travailler, avec «une voix indépendante, qui ne soit liée aux intérêts d’aucun gouvernement, nation ou institution», afin de promouvoir la paix et le respect des droits humains.
Cette mission peut être sujette à controverse, car les Aînés insistent sur la nécessité d’écouter toutes les parties dans un conflit et de dire les «vérités difficiles». Ainsi, tandis que la femme de Nelson Mandela, Graça Machel, milite en faveur de l’abolition du mariage des enfants, l’ancien président des États-Unis Jimmy Carter et l’ancienne présidente d’Irlande Mary Robinson rencontrent les autorités nord-coréennes afin de favoriser un rapprochement entre les deux Corée.
Quand Nelson Mandela a demandé à Sir Richard Branson de l’aider à fonder un réseau d’anciens chefs d’État, il était déjà fort âgé. M. Branson a appelé cette nouvelle organisation The Elders, autrement dit les Aînés. Aujourd’hui, une aile jeunesse vient s’y ajouter : les Jeunes. «Les Aînés travaillent avec des jeunes, mais il ne s’agit pas de mentorat, explique Katy Cronin, chef des opérations des Aînés. Nos Jeunes sont des experts et aspirent à assumer des rôles de leader.» «Le grand obstacle auquel se butent les jeunes est le manque de foi en la jeunesse des dirigeants. Ces derniers ont l’impression d’avoir le monopole du savoir», regrette Esther Agbarakwe, une Jeune de 28 ans originaire du Nigeria. «On assiste à l’émergence de réseaux globaux de la société civile qui travaillent à promouvoir la gestion durable et qui exercent une plus grande pression en agissant du bas vers le haut», ajoute Marvin Nala, un Jeune de 23 ans originaire de Chine.
Les jeunes ont besoin de soutien et d’une oreille attentive, déclare Mme Cronin. «Les Aînés reconnaissent l’apport des Jeunes, ajoute-t-elle. Ces derniers sont talentueux, mais ont souvent l’impression que les gens ne les écoutent pas. Les Aînés les écoutent et leur donnent confiance en eux.»
On trouve aussi, parmi les Aînés, l’archevêque Desmond Tutu et d’anciens chefs d’État comme l’ancien président du Brésil Fernando Cardoso. Mgr Tutu agit à titre de président du groupe depuis que Nelson Mandela s’est retiré. «Mes compagnons Aînés et moi nous rendons souvent dans des régions où les tensions et les souffrances sont grandes, mais nous y trouvons toujours de jeunes gens merveilleusement intelligents et inspirants qui nous remplissent d’espoir, raconte Mgr Tutu à Métro. Il y a cinq ans, quand il a fondé le groupe The Elders, Nelson Mandela nous a dit d’aller vers les jeunes, et ce, pour une raison fort simple : les jeunes ont besoin qu’on reconnaisse leurs immenses capacités. En retour, ils nous donnent, à nous, leurs aînés, un peu de leur énergie!»
Les Aînés ont favorisé les négociations de paix entre les deux Corée, au Proche-Orient, en Côte d’Ivoire, au Sri Lanka et au Soudan. Et le diplomate Lakhdar Brahimi, qui est un Aîné, a récemment été nommé émissaire de paix des Nations unies en Syrie. «Les Aînés ont montré leur foi en la jeunesse et ont déclaré au monde que les jeunes comptent», conclut avec enthousiasme Esther Agbarakwe.
Études de cas
Esther Agbarakwe, 28 ans, Nigeria
La Jeune Esther Agbarakwe, surnommée «Esther Climat», a été partout en Afrique pour organiser diverses initiatives environnementales et a agi à titre de co-coordinatrice de la Commission du développement durable des Nations unies. Côtoyer les Aînés l’a énormément motivée, car cela lui a permis de s’inspirer de figures aussi prestigieuses que l’archevêque Tutu et Mary Robinson. «J’ai été honorée de travailler avec eux et d’avoir assez d’influence pour provoquer des changements», explique-t-elle. Mme Agbarakwe estime que le développement a été freiné en Afrique par «les politiques extrêmes et la corruption» des dirigeants. «Ma plus grande ambition est de favoriser un développement qui soit écologiquement viable au Nigeria et qui sorte les gens de la pauvreté tout en leur donnant les moyens de forcer le gouvernement à agir de manière responsable.»
Marvin Nala, 23 ans, Chine
Le Jeune Martin Nala se consacre à l’activisme local pour défendre diverses causes, de la lutte contre le VIH à la promotion de la gestion durable. Il a aussi participé à Rio+20. «Les résultats de ce sommet sont déprimants si on considère la coopération entre les nations et la création de politiques globales. D’un autre côté, j’ai pu y observer un grand dynamisme chez les activistes locaux», rapporte Marvin Nala.
Aujourd’hui âgé de 23 ans, il est bien décidé à diffuser l’idée de gestion durable en Chine et croit que de jeunes leaders sauront faire avancer les choses. «Les jeunes des villes n’ont peut-être pas pleinement conscience de la gravité de la situation, déclare-t-il en citant le problème de la qualité de l’air pour illustrer son propos. S’ils en prennent conscience, ils pourront résoudre ce problème parce qu’ils disposent d’un immense pouvoir. L’important est d’assurer la transparence des données et de relier les enjeux entre eux.»