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11:12 25 novembre 2019 | mise à jour le: 25 novembre 2019 à 11:12 temps de lecture: 5 minutes

Israël: expulsion d’Omar Shakir, représentant de Human Rights Watch

Israël: expulsion d’Omar Shakir, représentant de Human Rights Watch
Photo: Frazer Harrison/Getty ImagesRica Rodman et Miriam Muscarolas, au dîner annuel de L'ONG Human Rights Watch

Israël a expulsé lundi le directeur de l’organisation Human Rights Watch (HRW) pour Israël et les Territoires palestiniens, Omar Shakir. Il est la première personne à être expulsée dans le cadre de mesures controversées contre une campagne de boycottage de l’Etat hébreu.

Depuis 2017, Israël interdit l’entrée sur son territoire à des étrangers accusés de soutenir la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre le pays. Mais, selon le ministère des Affaires stratégiques israélien, M. Shakir, citoyen américain, est le premier à être expulsé en vertu de cette mesure.

Un effort pour museler l’ONG

Israël a refusé de renouveler son visa fin 2018, l’accusant de soutenir le BDS, ce que nie Omar Shakir. Après une série d’appels, début novembre, la Cour suprême israélienne a donné son feu vert à son expulsion.

«Vous viendrez m’accueillir ici, j’espère, lors d’un jour meilleur. Un jour lors duquel tous, Israéliens et Palestiniens, verront leurs droits humains respectés et que l’égalité pour tous sera la norme», a lancé M. Shakir à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv.

Sur place, une vingtaine de personnes, certaines arborant des pancartes sur lesquelles pouvait-on lire «Vous ne pouvez cacher l’occupation», sont venues apporter leur soutien au responsable de HRW, une ONG de défense des droits humains basée à New York.

Omar Shakir a dénoncé «un effort pour museler HRW», qui témoigne, de l’importance des «attaques» de la part des autorités israéliennes contre «la communauté de défense des droits humains, israélienne et palestinienne».

M. Shakir poursuivra sa mission en dehors d’Israël, et ne sera pas remplacé.

HRW a dénoncé son expulsion, qui ressemble, selon elle, au traitement que lui réservent des pays comme l’Egypte, la Syrie ou la Corée du Nord.

«Je ne me souviens pas d’une autre démocratie ayant bloqué l’accès à un chercheur de HRW», a déploré auprès de l’AFP le directeur de l’organisation Kenneth Roth. «Cela démontre le caractère de plus en plus restreint de la démocratie israélienne».

«Israël, comme n’importe quel pays sain, a le droit de décider qui a le droit d’entrer et de travailler à l’intérieur de ses frontières», a justifié le ministère des Affaires stratégiques, fer de lance de la campagne israélienne contre le BDS.

Il a assuré que HRW pouvait nommer un nouveau directeur mais qu’il considérait Omar Shakir comme «un propagateur actif du BDS».

L’Union européenne et l’ONU ont exprimé leur opposition à la décision israélienne. Les États-Unis ont dit leur «forte opposition à la campagne BDS» tout en affirmant leur attachement à la liberté d’expression.

Politiques «discrimanatoires» israéliennes

Le BDS appelle au boycott économique, culturel ou scientifique d’Israël afin d’obtenir la fin de l’occupation et de la colonisation des Territoires palestiniens. Ses soutiens s’appuient sur l’exemple de l’Afrique du sud, affirmant que le boycott du pays a permis de mettre fin au régime d’apartheid.

Israël accuse le BDS d’antisémitisme et de remettre en cause l’existence même de l’État hébreu, ce que le mouvement nie.

Les autorités israéliennes avaient dans un premier temps mis en exergue des commentaires d’Omar Shakir faits avant qu’il ne prenne son poste en Israël en 2017 et dans lesquels il estimait que le BDS était un moyen de pression sur Israël.

Mais elles reprochent aussi à HRW ses critiques contre les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, illégales selon le droit international et l’ONU.

«Tous ceux qui agissent contre Israël doivent savoir que nous ne leur permettrons pas de vivre, ni de travailler ici», a déclaré après le verdict de la Cour suprême, le ministre de l’Intérieur Arié Dery qui a présenté M. Shakir comme «un dirigeant du mouvement BDS».

«Ni HRW ni moi-même en tant que son représentant n’avons jamais appelé au boycott d’Israël», s’est défendu M. Shakir. HRW a bien appelé les entreprises opérant dans les colonies israéliennes à cesser de le faire, sans demander le boycottage d’Israël, a-t-il ajouté.

Plus de 600 000 Israéliens sont installés dans des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, territoires occupés par Israël depuis 1967 et où vivent environ trois millions de Palestiniens.

Cette expulsion ne vise pas Omar Shakir personnellement mais le travail de HRW en général contre les politiques «discriminatoires» israéliennes, estime M. Roth. «En tentant de pénaliser Omar et de l’expulser, Israël met davantage en lumière ses propres manquements».

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