Monde
13:24 3 décembre 2019

France: mobilisation massive contre une réforme des retraites

France: mobilisation massive contre une réforme des retraites
Photo: Kiran Ridley/Getty ImagesUn «gilet jaune» à l'anniversaire des mobilisations

Cheminots, enseignants, étudiants, policiers, éboueurs, avocats… syndicats, partis d’opposition et «gilets jaunes» appellent à la mobilisation, à faire grève et manifester jeudi en France contre la future réforme des retraites, que l’exécutif est «déterminé» à mener à terme.

C’est un bras de fer qui s’engage et pourrait bien «décider du succès ou de l’échec du quinquennat d’Emmanuel Macron», estime lundi le quotidien de gauche Libération, alors que le président élu en 2017 avait fait de cette réforme une promesse de campagne.

Le mouvement pourrait durer dans les transports, avec un appel à une grève illimitée à la SNCF, l’opérateur ferroviaire, et à la RATP, les transports publics parisiens.

Et il s’annonce très suivi: 90% des trains à grande vitesse, la moitié des Eurostar et un tiers des Thalys resteront à quai jeudi, a averti la direction de la SNCF. Un seul aller-retour Lyria sera assuré.

Dans les airs, 20% des vols seront supprimés sur le territoire français. Air France a annulé 30% de ses vols domestiques, 15% des moyens-courrier.

A Paris, métro et bus circuleront au compte-goutte.

La mobilisation contre la fusion des 42 régimes actuels de retraite (privé, fonctionnaires, spéciaux, complémentaires) en un système universel par points «s’annonce forte et durable», prévient le syndicat CGT, qui a appelé à la grève avec Force ouvrière mais aussi d’autres organisations, syndicales et de jeunesse.

La CFDT, premier syndicat français, n’a pas rejoint le mouvement, mais appelle à un système de retraites «universel», «plus lisible» et «plus juste».

Gouvernement «déterminé»

Anticipant un mouvement long dans un contexte social tendu où les mécontentements se multiplient (hôpital, police, enseignants, cheminots, «gilets jaunes»…), l’exécutif a enchaîné les réunions ces derniers jours, dont un séminaire gouvernemental dimanche.

De son côté, le haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye, doit recevoir encore une fois chaque organisation syndicale et patronale, avant de rendre ses conclusions au Premier ministre Édouard Philippe en début de semaine prochaine.

Ce dernier doit dévoiler le projet à la mi-décembre, avant une présentation au Parlement début 2020.

Il a laissé la semaine dernière une porte ouverte à une entrée en vigueur après 2025, ainsi qu’à des thèmes chers aux syndicats, comme la prise en compte de la pénibilité au travail ou des «garanties» attendues par les enseignants, dont près de sept sur dix seront en grève.

Lundi, pour les rassurer, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est prononcé pour une revalorisation de leur salaire.

La fermeté reste toutefois de mise: «Je n’y renoncerai pas», a prévenu Emmanuel Macron, quand Édouard Philippe est «plus déterminé que jamais».

«Mécontentement social»

Mais le spectre de 1995 se profile. Une mobilisation sociale de grande ampleur avait alors duré trois semaines contre des projets de réforme de la Sécurité sociale et des retraites.

Le Premier ministre de droite Alain Juppé avait dû reculer sous la pression de la rue sur sa réforme des «régimes spéciaux» de retraite dont bénéficient certains fonctionnaires, les employés de plusieurs grandes entreprises publiques et une poignée d’autres professions.

«Il y a deux conditions pour mener à bien un tel projet: un minimum de consensus sur le bien-fondé de ce bouleversement et une confiance dans le gouvernement. Aucune de ces conditions n’est réunie», estime Bernard Thibault, ancien dirigeant de la CGT, chef de file des cheminots il y a 24 ans. Pour lui, «le mécontentement social est plus fort qu’en 1995».

Si les Français se disent très largement favorables à une réforme du système de retraites (76%), 64% ne font pas confiance au gouvernement pour la mener, selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche.

L’initiative d’une mobilisation et d’une grève reconductible est venue de syndicats de la RATP, après une grève le 13 septembre qui a quasiment paralysé la capitale et ses environs. Puis s’est étendue au fil des semaines à d’autres secteurs, aux «gilets jaunes» qui protestent depuis un an contre la politique fiscale et sociale du gouvernement, ainsi qu’à des partis d’opposition, à gauche et à l’extrême droite.

Des syndicats peu habitués à battre le pavé prévoient de participer et la CFDT-Cheminot, à contre-courant de ses dirigeants, appelle à une grève illimitée.