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13:29 26 mars 2020 | mise à jour le: 26 mars 2020 à 13:29 temps de lecture: 6 minutes

Le bilan du coronavirus s’aggrave en Europe, l’Afrique inquiète

Le bilan du coronavirus s’aggrave en Europe, l’Afrique inquiète
Photo: Vincent Kalut/Photonews via Getty ImagesHôpital à Liège en Belgique

Les dirigeants du G20 ont promis jeudi d’injecter 5000 G$ US pour soutenir l’économie mondiale menacée par une pandémie de coronavirus au bilan dramatique, particulièrement en Europe où la barre des 4000 décès a été franchie en Espagne et où les hôpitaux de Londres font face à un «tsunami» de malades.

Réunis jeudi en sommet par visioconférence sous la présidence du roi Salmane d’Arabie saoudite, les dirigeants des vingt plus grandes économies de la planète ont voulu présenter «un front uni contre cette menace commune».

Malgré des mesures de confinement sans précédent affectant plus de trois milliards de personnes sur la planète, le nouveau coronavirus «menace l’humanité entière», a averti l’ONU.

Le coronavirus fait des ravages en Europe

Apparue en Chine en décembre, le coronavirus a déjà tué près de 22 000 personnes, dont les deux tiers en Europe, où plus de 250 000 cas sont désormais officiellement diagnostiqués selon un comptage réalisé par l’AFP à 12h GMT.

«Bien que la situation reste très préoccupante, nous commençons à voir des signes encourageants», a néanmoins déclaré jeudi le patron de la branche Europe de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Hans Kluge, au sujet du coronavirus.

L’augmentation du nombre de cas en Italie, pays le plus durement touché au monde avec plus de 7500 décès, semble ralentir, «mais il est encore trop tôt pour dire que la pandémie a atteint son apogée dans ce pays», a-t-il tempéré.

L’Espagne, devenu la veille le deuxième pays le plus touché au monde devant la Chine en nombre de morts, a franchi jeudi la barre des 4000 décès.

Interrogés par l’AFP, des membres du personnel médical espagnol parlent de la «solitude immense» des malades et de leurs proches, de la tristesse des soignants, et de la crainte que «le pire» soit à venir.

«J’ai cinq patients pour un seul lit. Je dois choisir. Des gens qu’on pourrait sauver sont en train de mourir, parce qu’ils ne peuvent pas être admis en soins intensifs», explique Sara Chinchilla, 32 ans, médecin dans un hôpital à Mostoles, près de Madrid.

À Londres, les hôpitaux publics sont confrontés à un «tsunami continu» de malades graves accompagné d’une proportion «sans précédent» de personnel souffrant, selon un responsable du système public de santé britannique.

+1000% de chômage

Conséquence des mesures de confinement sans précédent touchant désormais plus d’un tiers de l’humanité: le monde est à l’arrêt et l’économie plonge.

Aux États-Unis, les demandes d’allocations chômage ont explosé de 1000% la semaine écoulée et atteint un record historique.

En France, l’institut national des statistiques estime à 35% la perte d’activité économique due aux mesures de confinement.

Politiques fiscales ciblées, mesures économiques et systèmes de garantie, les 5000 G$ US injectés par le G20 visent à «contrer les répercussions sociales, économiques et financières de la pandémie», selon un communiqué de l’institution.

Représentant près des deux tiers de la population mondiale et les trois quarts du PIB planétaire, le G20 été critiqué pour son silence jusqu’ici.

Également réunis en visioconférence, les dirigeants de l’Union européenne vont eux aussi tenter jeudi de surmonter leurs divisions pour trouver une réponse commune afin de tirer l’économie du marasme.

L’ex-président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, les a appelés à «absorber» les pertes subies par le secteur privé.

La Banque centrale américaine a de son côté promis jeudi de continuer à prêter de l’argent «agressivement» pour combattre l’impact de l’épidémie sur la première économie mondiale, au lendemain du vote par le Sénat d’un plan de soutien à l’économie américaine de 2000 G$ US.

L’Allemagne a de son côté adopté un arsenal de mesures de 1100 milliards d’euros.

Après deux séances de gains, la Bourse de Tokyo a lourdement rechuté jeudi, sur fond de crainte d’une flambée de l’épidémie dans la capitale japonaise, dont les habitants sont invités à éviter les déplacements ce weekend, mais pas confinés.

Les bourses de Londres, Francfort et Paris, qui avaient repris espoirs ces deux derniers jours, sont également en baisse, suivies par Wall Street, effrayées par la propagation de l’épidémie, en particulier aux États-Unis, première économie de la planète.

C’est là qu’elle progresse le plus rapidement, avec près de 68 572 cas de Covid-19 confirmés et plus de 1000 morts, selon un décompte de l’université Johns Hopkins.

«Jouer aux cartes est un suicide»

L’Afrique, mal armée pour faire face à une crise sanitaire de grande ampleur, suscite également de grandes inquiétudes avec l’apparition de premiers cas au Mali ou en Libye, des pays en guerre.

Les ONG ont d’ailleurs entamé une course contre la montre pour tenter de ralentir la propagation du virus dans les pays pauvres, et éviter un scénario catastrophe dans ces nations où les systèmes de santé sont insuffisants, en proie à la guerre ou à une crise humanitaire.

À l’inverse, l’épidémie semble endiguée en Chine, qui a levé les restrictions imposées depuis des mois dans la province centrale de Hubei, berceau de la pandémie, sauf dans la capitale régionale Wuhan.

Résultat: des embouteillages sur les routes et une ruée sur trains et autocars. Mais le pays a néanmoins drastiquement limité les vols internationaux, au départ et à l’arrivée.

La peur n’a néanmoins pas disparu et le retour à la normale est encore loin, comme à Huanggang, une des villes les plus touchées par l’épidémie, où l’activité tourne encore au ralenti.

Dans les rues, de nombreux avertissements rappellent que le virus n’a pas disparu. «Se rassembler pour jouer aux cartes est un suicide», prévient ainsi une banderole.

«Même si beaucoup de choses sont rouvertes, on doit encore faire attention», explique, masque sur le visage, Chen Wenjun, pharmacienne de 22 ans.

La France, qui recense plus de 1300 morts, se prépare à un «effort long». Elle a retiré ses troupes d’Irak et mis ses militaires sur le pied de guerre pour répondre à cette urgence sanitaire.

En Russie, tous les vols internationaux seront suspendus à compter de vendredi et la semaine prochaine sera chômée. Le président Vladimir Poutine a appelé ses concitoyens à «rester à la maison», sans toutefois l’ordonner.

La mairie de Moscou a en revanche annoncé la fermeture dès samedi de tous les commerces non essentiels.

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