Tomahawks contre islamistes en Syrie?
Et si les frappes punitives américaines contre le régime de Bachar el-Assad avaient aussi pour cible les rebelles islamistes actifs dans la guerre civile syrienne?
Quelques missiles de croisière Tomahawk pourraient bien tomber sur la tête de ceux que le secrétaire d’État John Kerry appelle les «méchants». Peu de voix s’élèveront pour crier au crime. Assad serait même le premier à applaudir. Pour l’heure, tout cela relève de la politique-fiction. Mais sans le dire ouvertement, Washington craint ceci : voir la Syrie devenir une rampe de lancement des djihadistes au cœur de la poudrière moyen-orientale. Parmi les «fous de Dieu», une organisation salafiste affiliée à Al-Qaïda aurait le vent en poupe : Jabhat Al-Nosra (le Front de soutien), créée il y a deux ans et composée de nombreux mercenaires étrangers. Pour elle, la démocratie n’est que la religion des impies.
Alors, encore une fois, pourquoi ne pas lâcher des Tomahawks sur les groupes islamistes, qui constituent au moins 20 % des rebelles syriens?
Eric Denécé exclut un tel scénario. «En aucun cas! Les Américains veulent punir et frapper le régime [syrien]!», assure, dans un échange de courriels, le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, un «think tank» fondé en 2000.
Pour lui, Washington tient notamment à casser l’«axe chiite» reliant Damas, Téhéran, Bagdad et le Hezbollah libanais. Mais là encore, il faudrait plus que des frappes limitées dans le temps.
Après s’être croisé les bras tout au long des 28 mois de la guerre civile qui a fait 100 000 morts et détruit un pays, l’administration Obama ne veut plus être «spectateur d’un massacre». Surtout depuis l’utilisation d’armes chimiques le 21 août dans la banlieue de Damas. Fort bien, mais…
En quoi des frappes limitées dissuaderont-elles un régime dominant le paysage politique syrien depuis 1970 et qui sera prêt à tout, et même au pire, pour sauver sa peau?
Si en plus des sites d’infrastructures militaires, les frappes devaient viser des stocks de matériaux chimiques, leurs rejets toxiques auront des conséquences énormes sur la population civile et l’environnement.
On le voit, les interrogations sont multiples, et les objectifs non avoués fourmillent, surtout du côté de Washington. La plus grande puissance militaire de la planète veut à tout prix intervenir dans la tragédie syrienne, sans le feu vert de l’ONU et peut-être même sans celui du Congrès.
Les rebelles djihadistes, fort actifs dans le nord-est syrien, se mettent déjà à l’abri. On ne sait jamais!