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Les Grecs aux urnes dans l’espoir de mettre fin à leur tragédie

Photo: Getty

Au détour de la crise économique de 2008, la Grèce, acculée à la faillite, se retrouvait à la merci de la «troïka», ce triumvirat économique composé du Fonds monétaire international, de l’Union européenne et de sa Banque centrale, qui imposa au pays de Socrate un remède de cheval pour éviter la banqueroute. Dimanche, c’est leur ras-le-bol face aux douloureux sacrifices qu’ils se sont vu imposer que les Grecs s’apprêtent à porter dans les urnes, alors que la gauche radicale semble à 72 heures de prendre le pouvoir.

Un naufrage social
Les politiques d’austérité imposées à la Grèce ont déchiré le filet de sécurité sociale du pays, estime Bruno Amable, professeur à l’École d’économie de Paris de l’Université Panthéon-Sorbonne.

«Le véritable enjeu de ces mesures d’austérité était d’ailleurs d’attaquer l’État providence, estime M. Amable. Il ne faut pas oublier que la Grèce a perdu le quart de son PIB depuis la crise. Son économie, aujourd’hui, est celle d’un pays qui sort de la guerre.»

Olivier Delas, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval et titulaire de la Chaire Jean-Monnet en intégration européenne, croit qu’il est juste de s’interroger sur la gestion du cas grec.

«Il est certain que la Grèce connaissait des problèmes structurels profonds [au début de la crise]. Mais c’était la première fois qu’un tel traitement était appliqué à une nation occidentale. Ç’a été un choc pour les Européens, car les mesures imposées à la Grèce étaient similaires aux plans de restructuration que la Banque mondiale présentait habituellement aux pays du sud.»

«[L’austérité] profite aux plus riches, à ceux qui ne veulent pas payer pour que les pauvres aient une chambre à eux à l’hôpital.» – Bruno Amaba, professeur à l’École d’économie de Paris de l’Université Panthéon-Sorbonne

 

Une Grèce exclue de la zone euro?
La chancelière allemande, Angela Merkel, a récemment annoncé qu’une victoire de Syriza dimanche remettrait l’exclusion de la Grèce de la zone euro à l’ordre du jour.

«Ce serait une solution pour [les Grecs]! croit M. Amable. Car tant que le pays restera dans la zone euro, il devra agir en faisant face à des contraintes énormes imposées par les pays qui financent sa relance.»

«L’intervention de Mme Merkel a illustré de manière assez maladroite les clivages qui existent en Europe, pense pour sa part M. Delas. Elle a donné l’impression de vouloir s’ingérer dans la souveraineté grecque.»

«La faillite grecque a révélé les failles et les lacunes dans le fonctionnement de l’Union européenne.» – Olivier Delas, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval et titulaire de la Chaire Jean-Monnet en intégration européenne

 

La montée des extrêmes en Europe
Le parti Syriza a été taxé d’«extrémisme» par certains, une étiquette souvent apposée aux différentes mouvances qui fleurissent en Europe, nourries par leur ressentiment à l’endroit de l’Union européenne.

«L’histoire se répète, affirme M. Delas. Ce ne sera pas la première ni la dernière fois qu’on voit monter les extrêmes dans un contexte de crise économique en Europe.»

Pour Bruno Amable, Syriza ne se compare cependant pas au parti grec Aube dorée, affilié à l’extrême droite et ouvertement xénophobe.

«Le public n’est pas le même. Si Syriza monte, c’est surtout parce que la population désavoue le Pasok, associé à la faillite du pays et à la mauvaise gestion sous l’austérité.»

Le désaveu de l’austérité
Syriza compte restructurer la dette grecque s’il prend le pouvoir, de manière à pouvoir réinvestir dans l’économie du pays, notamment en haussant le salaire minimum dans la fonction publique.

La troïka a d’ailleurs concédé que ses mesures d’austérité avaient rencontré leur limite, croit M. Delas. «Pierre Moscovici [commissaire européen aux Affaires économiques depuis moins de trois mois] a affirmé que la troïka avait épuisé son rôle historique et qu’il fallait passer à un autre stade», rappelle M. Delas, qui dirige également le Cercle Europe de l’Université Laval.

«Ce n’est dans l’intérêt de personne de voir la Grèce s’enfoncer davantage dans la misère. Tout le monde a intérêt, dans une famille qui se soutient mutuellement, à ce qu’aucun de ses membres ne souffre. L’Europe semble avoir compris qu’elle ne peut pas se permettre des égoïsmes nationaux.»

Syriza Party Rally Before This Weekend's General ElectionAlexis Tsipras
Dirigeant du parti Syriza (Coalition de la gauche radicale) depuis 2008.

  • Cet ingénieur civil de 40 ans est en voie d’amener Syriza au pouvoir dimanche prochain. Les sondages donnent à son parti près de 35% des intentions de vote, soit 5% de plus que son plus proche rival.
  • Il promet d’en finir avec les politiques d’austérité.

Antonis Samaras
Premier ministre de la Grèce depuis 2012.

  • Le parti qu’il dirige, Nouvelle démocratie, accuse 5 points de retard par rapport à Syriza dans les sonsages. Ses partenaires de coalition du Pasok, quant à eux, peinent à récolter 5% des suffrages.
  • Ses promesses. Réduire les impôts et mettre fin «progressivement» à l’austérité.

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