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Le Brésil admet «perdre la guerre» contre le virus Zika

Aedes aegypti mosquito. James Gathany / The Associated Press Photo: James Gathany

RIO DE JANEIRO — Le ministre brésilien de la Santé a admis que son pays “perd la guerre” face au moustique qui transmet le virus Zika.

Tous les grands quotidiens brésiliens écrivent mardi que Marcelo Castro a laissé entendre que les gouvernements précédents ont fait preuve de complaisance dans l’éradication du moustique Aedes aegypti, qui propage aussi la fièvre dengue et le virus chikunguya.

Il aurait fait ces commentaires lundi soir lors d’une rencontre d’un comité d’urgence sur le Zika dans la capitale, Brasilia.

Le ministre a ajouté que 220 000 soldats seront mobilisés pour combattre le virus. Le gouvernement distribuera aussi des répulsifs à moustiques à quelque 400 000 femmes enceintes moins bien nanties.

“Le moustique est au Brésil depuis trois décennies, et nous perdons complètement la guerre contre le moustique”, a déclaré M. Castro selon le quotidien Folha de S. Paulo.

Les répulsifs à moustique sont pratiquement impossibles à trouver au Brésil depuis quelques semaines. Le prix du produit, quand il est disponible, a triplé ou même quadruplé.

Les commentaires du ministre Castro ont été rapidement condamnés. Un porte-parole de l’Organisation mondiale de la Santé, Christian Lindmeier, a répliqué que “règle générale, je pense que ce serait une attitude un peu fataliste parce que ça voudrait dire qu’on devrait abandonner et déclarer la guerre perdue. Je ne pense pas que ce soit le cas.”

Un éditorialiste du réseau Globo, Helio Gurovitz, a demandé la tête du ministre.

“Il est incapable d’occuper ce poste, a-t-il écrit. Pour démontrer que Castro n’est pas en mesure d’occuper un poste aussi important, à un moment aussi délicat avec la propagation de l’épidémie, il suffit simplement d’entendre ses commentaires.”

Le virus est tenu pour responsable d’une explosion du nombre de cas de microcéphalie, une malformation congénitale grave qui empêche la tête et le cerveau du bébé de se développer normalement. L’OMS a toutefois indiqué mardi que ce lien demeure pour le moment “circonstanciel”.

“Même si aucun lien causal entre l’infection au virus Zika pendant la grossesse et la microcéphalie n’a encore été établi, les preuves circonstancielles pointent dans cette direction et sont très inquiétantes, a dit par voie de communiqué la directrice-générale de l’OMS, la docteure Margaret Chan. Une augmentation de l’incidence de problèmes neurologiques, notée dans certains pays en coincidence avec l’arrivée du virus, ajoute à l’inquiétude.”

M. Lindmeier a ensuite rappelé qu’une épidémie de Zika en Afrique en 1997 n’avait pas été associée à de nouveaux cas de microcéphalie. “C’est pourquoi il est si important d’étudier cette connexion pour comprendre ce qui se passe”, a-t-il dit.

L’épidémie de Zika et les cas de microcéphalie sont concentrés dans le nord-est pauvre et sous-développé du Brésil. Le sud-est plus prospère, où se trouvent Sao Paulo et Rio de Janeiro, est la deuxième région la plus durement touchée. Rio accueillera les Jeux olympiques au mois d’août et le célèbre Carnaval le mois prochain. Des équipes d’exterminateurs ont été déployées mardi au Sambadrome, où les parades du Carnaval auront lieu.

Quelque 4000 cas de microcéphalie ont été rapportés au Brésil, au Salvador, au Panama, en Colombie et au Cap Vert depuis octobre. Des cas ont aussi été décelés à Porto Rico et possiblement en Argentine. La Colombie s’attend à quelque 600 000 infections cette année, mais le ministre de la Santé Alejandro Gaviria a dit mardi que son pays espère devenir “un exemple à suivre pour l’Amérique latine”.

Un porte-parole de l’OMS a admis que la situation est “préoccupante”. Le bureau exécutif de l’agence onusienne doit discuter de la situation lors d’une rencontre spéciale, jeudi.

“Évidemment que (le virus) pourrait se propager, a dit M. Lindmeier. On ne sait pas comment il se propage, on ne sait même pas comment le moustique acquiert le virus. (Mais) c’est très important — (le Zika) n’est pas une maladie dangereuse. Ses symptômes sont moins graves que ceux de la dengue ou du chikunguya ou de la fièvre jaune.”

L’OMS a prévenu dimanche que le virus Zika risque de se propager à tous les pays d’Amérique où on retrouve le moustique qui le transmet — à savoir partout, sauf au Canada et au Chili.

Plusieurs pays de la région recommandent maintenant aux femmes de reporter leur grossesse à plus tard.

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