À qui la ville?
03:30 28 janvier 2020

Verdir les autoroutes, pas si fou

Verdir les autoroutes, pas si fou

Alors qu’on parle de plus en plus d’urgence climatique, pourquoi ne pas en profiter pour considérer des projets de verdissement des villes, aussi farfelus semblent-ils à certains?

Construire des ponts pour faciliter le passage d’un plus grand nombre de voitures, envisager un troisième lien alors que toutes les études montrent que c’est une mauvaise idée, refaire un échangeur qui enclavera encore plus des quartiers déjà isolés, reconstruire une autoroute identique à celle existante… N’y a-t-il pas là un certain manque de vision, et surtout, de considération environnementale?

La proposition d’Albert Mondor

Il existe pourtant des projets qui proposent autre chose, des solutions qui allieraient aspects pratiques, économiques, verts et sociaux. C’est le cas de Métropoligne 40, qui a récemment fait les manchettes. L’horticulteur et biologiste Albert Mondor ainsi que son équipe suggèrent, pour l’autoroute métropolitaine appelée à être reconstruite, d’enfouir les voies de circulation et de créer sur le tronçon extérieur, qui s’étend du boulevard Saint-Laurent au boulevard Pie-IX, une ferme urbaine.

On y cultiverait fruits et légumes, en plus d’y aménager un parc et une piste cyclable, d’y développer l’aquaponie et la culture de plantes et d’y implanter un marché des produits récoltés.

Irréaliste, ce projet? Pas tant que ça, dans la mesure où il a déjà été concrétisé dans d’autres villes, comme le dit M. Mondor. C’est le cas de New York, où, à la base, des citoyens ont voulu transformer un ancien chemin de fer surélevé en promenade et en jardins.

Avec persistance et patience, et en obtenant l’appui de la ville, les «amis du High Line» ont mis sur pied le projet du même nom, aujourd’hui un des grands attraits touristiques de la Grosse Pomme, en plus d’être fréquenté par les gens de la place. Ce parc linéaire de 2,3 km situé dans Lower West Side offre une vue imprenable sur la ville. C’est un véritable corridor biologique pour plusieurs espèces, une structure offrant 80% de rétention des eaux de pluie, une solution de rechange à un îlot de chaleur.

Le High Line fournit ombre et oxygène à la ville et contribue à la restauration de la nature à New York.

Inspirées de ce modèle, plusieurs autres villes américaines, telles que Philadelphie, Atlanta et Chicago, envisagent de transformer leurs chemins de fer en parc linéaire.

Albert Mondor et son groupe demandent un moratoire sur le projet de l’autoroute métropolitaine.

Des projets citoyens qui changent les choses

À l’instar du High Line new-yorkais, de nombreux projets qui partent de la base, c’est-à-dire des citoyens, connaissent des succès souvent internationaux desquels nous aurions tout intérêt à nous inspirer.

Pensons notamment aux Incroyables Comestibles (Incredible Edible), une initiative née en 2008 dans une ville d’Angleterre de 15 000 habitants, Todmorden. Lancé par deux citoyennes, ce projet visait à aménager tous les espaces verts vacants de la ville pour en faire des potagers urbains accessibles à tous.

Cette innovation sociale a fait des petits jusqu’ici, à plus petite échelle, avec les jardins Gamelin, dans le centre-ville de Montréal, qui offrent en été la production des jardins à tous et à toutes, en plus de mettre à contribution les gens du quartier, dont les sans-abris, pour l’entretien et la culture des lopins aménagés pour l’occasion.

Les citoyens de Détroit se sont réapproprié les terres de la ville en les cultivant, créant une foule d’emplois pour les habitants en plus de leur permettre d’avoir accès à des produits locaux, et revitalisant ainsi l’agglomération qui est aujourd’hui un véritable berceau de nouvelles entreprises locales hip.

Albert Mondor et son groupe demandent un moratoire sur le projet de l’autoroute métropolitaine pour pouvoir réfléchir à d’autres solutions que celle qui consiste à la refaire exactement de la même façon. À la lumière de ces exemples, il semble évident qu’il y aurait de meilleures manières d’envisager l’avenir de cette autoroute, non?