À qui la ville?
05:00 18 février 2020 | mise à jour le: 18 février 2020 à 11:55 temps de lecture: 4 minutes

On prend (pas) toujours un train

On prend (pas) toujours un train

Les trains sont bloqués un peu partout au pays et l’impasse ne semble pas se dénouer. Des conséquences économiques et sociales en découlent.

L’argent mène le monde, et les «barrages ferroviaires» en sont un bon exemple. La gestion de crise de ces derniers démontre aussi qu’encore une fois on rate la cible et la source du problème.

Petit rappel du contexte: en solidarité avec le peuple autochtone Wet’suwet’en du nord de la Colombie-Britannique qui s’oppose au projet Coastal GasLink de la compagnie TransCanada, dont le tracé traverse des terres ancestrales non cédées, plusieurs communautés autochtones ainsi que des militants environnementaux et civils ont décidé de joindre l’opposition en bloquant la circulation de trains un peu partout au pays, dont au Québec.

Le Canadien National (CN) a annoncé hier la mise à pied de 450 employés en attendant la levée du blocus. Le CN transporte des produits d’une valeur d’environ 250 G$ chaque année, selon un article de La Presse.

On craint que l’arrêt des trains menace l’industrie du propane, qui ne pourra transporter à destination le carburant essentiel pour chauffer les maisons alors que les températures froides sont à leur sommet au pays et qu’il est utilisé par 60% des ménages canadiens.

La perturbation des trains de banlieue au Québec empêche plusieurs personnes de se rendre sur leur lieu de travail chaque jour. Les barrages pourraient aussi compromettre l’approvisionnement en chlore pour l’eau dans certaines régions.

Savez-vous combien de communautés autochtones du Canada n’ont toujours pas accès à de l’eau potable en 2020? Vingt-cinq. «Vous n’aurez qu’à la faire bouillir, comme nous», ironisait une ressortissante anishnawbek sur les réseaux sociaux hier.

Bref, cette vague de solidarité a de réels impacts dans plusieurs sphères de la société. Autant dire qu’il s’agit d’un moyen de pression drôlement efficace…

La base

Pourtant, le gouvernement prend bien du temps à réagir, et surtout, à remonter à la source du problème.

Petit rappel qu’on tend à oublier, notamment parce que les médias, surtout francophones, ne parlent essentiellement que des impacts économiques que le «blocage» des trains occasionne: la solution n’est pas sorcière.

Il est incompréhensible que le gouvernement ne saisisse pas ce qui est à la base de toute cette mobilisation. Qu’il ne se rende pas à la rencontre, en personne, du peuple Wet’suwet’en pour ouvrir le dialogue.

Pense à ça, cher premier ministre Trudeau, quand tu te décideras enfin à aller rencontrer en personne […] les Wet’suwet’en.

Au lieu de ça, il préfère y envoyer la Gendarmerie royale du Canada pour tenter d’en déloger les occupants à coups de matraque, menaçant également des journalistes présents sur place.

Il préfère se rendre à Belleville, en Ontario, pour tenter de négocier avec les personnes ayant installé un barrage ferroviaire sur le territoire mohawk de Tyendinaga. Bien sûr, c’est un point névralgique du transport de marchandises canadien, mais ce n’est pas la source de la mobilisation.

Le premier ministre Trudeau préfère se balader en Afrique pour faire de l’œil à certains alliés afin de faire élire le Canada au Conseil de sécurité de l’ONU. Comme les barrages sont vraiment l’urgence nationale en ce moment, il est finalement revenu à contrecœur de sa mission, qui devait l’emmener à La Barbade.

Trains bloqués

Changer le tracé de Coastal GasLink pour respecter les droits ancestraux des Wet’suwet’en coûterait plusieurs millions de dollars à la pétrolière (entre 600 et 800, selon son estimation). Qui en veut à la base, de toute façon?

Mais les trains qui ne peuvent livrer leurs marchandises, la mise à pied de centaines d’employés, l’absence de milliers de travailleurs ne pouvant se rendre à leurs bureaux, ça coûte combien, depuis le début des mobilisations?

On aurait dû mettre fin à la crise plus tôt.

Pense à ça, cher premier ministre Trudeau, quand tu te décideras enfin à aller rencontrer en personne (pas un de tes représentants, toi-même) les initiateurs de cette contestation justifiée, les Wet’suwet’en, qui, depuis le début, ne demandent que ça pour dénouer l’impasse. Tu leur dois bien ça, non? Simple de même.

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