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Arrêter de faire des enfants

Arrêter de faire des enfants

Non, il ne s’agit pas d’une faute de français. Pas dans le sens d’«arrêtez!» Plutôt ceci : «faudrait arrêter». Dans le sens de… c’est ça. Parce que c’est probablement, voire manifestement foutu.

Mes amis proches (et moins proches) savent à quel point m’habite, depuis environ deux ans, une écoanxiété à l’instoppable progression. Bien qu’elle soit en selle depuis un moment déjà, c’est une discussion inopinée avec mon adolescente de fille qui fit sauter, ultimement, le gasket.

Elle m’a lancé, de façon impromptue :

– Tu sais papa, je ne pense pas que je vais avoir d’enfants plus tard.

– Ah bon? Une raison particulière?

– Tu vois où s’en va la planète? Je ne te blâme pas directement, mais ta génération et celles d’avant n’ont rien fait pour empêcher le désastre. Pis la mienne, trop souvent, elle est plus intéressée par des tatas d’influenceurs sur le web qu’à essayer de faire quelque chose pour sauver l’affaire. Alors je me dis que d’avoir des enfants, ce serait irresponsable. C’est tout.

– …

Le coup de grâce; pas besoin de vous faire un dessin. Parce que s’il y a un espoir, me disais-je, eh bien il passe nécessairement par cette nouvelle génération, pleine de bonne foi et de hardiesse. Prête à cr*sser des coups de pied dans les structures établies, à renverser la tendance mortifère. De quoi se réjouir, donc, du mouvement jeunesse pro-environnement, mené principalement par Greta Thunberg. Le plaisir, et surtout l’espoir, de voir ces ti-culs envahir les rues de l’Occident, en mars dernier.

Parce que s’il y a un espoir, me disais-je, eh bien il passe nécessairement par cette nouvelle génération, pleine de bonne foi et de hardiesse.

«Il vient toujours un temps où il faut choisir entre la contemplation et l’action. Ça s’appelle devenir une homme», disait Camus dans Le mythe de Sisyphe.

Nouvelle discussion avec ma fille :

– Wow, grosse manif! Te serais-tu trompée sur ta génération?

Peut-être, oui. J’ai senti [elle était à la marche montréalaise] qu’il se passe quelque chose. Il y a peut-être espoir. J’espère, en tout cas.

Soulagement. Malgré, cela dit, les mauvaises nouvelles qui continuaient et continuent de s’annoncer. Avec un groupe d’étudiants de la Faculté de droit de l’UdeM, un site créé sur Facebook (Dérèglements climatiques-Infos; allô la plogue!) indique quotidiennement l’urgence d’agir. Et plus qu’on pensait.

Hier encore, triple catastrophe : d’abord, l’humanité a déjà épuisé, fin juillet, l’ensemble des ressources normalement disponibles pour 2019. Jusqu’à 4,75 planètes seraient d’ailleurs nécessaires afin de subvenir aux besoins des humains si l’ensemble de ceux-ci consommaient comme les Canadiens.

Ensuite, le point de bascule arrive drôlement plus vite que prévu. Même si tous les pays signataires en venaient à respecter les objectifs de Paris (ce dont aucun ne peut se targuer en ce moment!), cela ne pourrait stopper la fonte actuelle des glaces et la hausse du niveau des mers.

Enfin, pendant qu’on se bourre de Mr. Freeze pour cause de canicule, Bolsonaro-le-facho est en train de raser l’amazonienne.

S’ajoute, depuis quelques jours, la goutte : des attaques personnelles d’une ahurissante méchanceté sur Greta, égérie de l’espoir. Et en prenant sa défense dans une récente chronique, force m’a été de réaliser que ouais, c’est clairement foutu. Le quasi-ensemble des (trop nombreux) commentaires reçus en rajoutaient une couche sur le fait qu’elle soit Asperger (ça change quoi, dans vos vies?), qu’elle ratera l’école (ça change quoi, dans vos vies, bis?), qu’elle est manipulée par-on-sait-bien-qui (non, justement, aucune idée; dites-moi), et que le réchauffement est une invention de scientifiques subventionnés par l’ONU (O.K.).

Bref, arrêter de faire des enfants. Idée irresponsable, m’a déjà confié une (trop sage) ado.

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