La boîte à images
03:30 21 janvier 2020

«M’entends-tu?»: Un malheur rassembleur

«M’entends-tu?»: Un malheur rassembleur

L’an dernier, la première saison de la série M’entends-tu? a chamboulé les téléspectateurs avec sa vision singulière et sans filtre de la précarité financière, de l’amitié, des problèmes de dépendance et de la violence systémique.

Ce premier pavé dans la mare avait la particularité d’être rafraîchissant sur nos écrans, même si la production se noyait un peu dans ses intentions de «faire différent» en surutilisant la musique pour faire passer les émotions et en adoptant la fâcheuse habitude de puncher à tout prix avec des blagues dans tous les racoins.

Ces impairs n’ont pas gâché notre plaisir, et la première série d’épisodes s’est terminée avec une lourdeur dans l’âme après l’arrestation et l’incarcération d’Ada (Florence Longpré).

Ce changement de ton s’est transporté jusqu’à la deuxième saison et, après avoir dévoré presque tous les épisodes en un court laps de temps, je dois avouer que ce malheur narratif est une bénédiction pour le récit et les personnages.

Dans cette suite, terminé, les blagues gratuites et la vulgarité pour faire rire. M’entends-tu? redouble de nuances pour sa deuxième saison et les parts d’ombre de l’humanité sont bien en évidence quand on reprend la vie des trois protagonistes deux ans plus tard.

Avec la vie en prison, l’éclatement familial, la violence conjugale, les relations toxiques et l’alcoolisme, disons que la trame narrative n’est pas légère.

Par contre, cet enrichissement de la palette émotionnelle offre aux personnages du récit un grand terrain de jeu où les émotions sont vives, difficiles, nuancées et, surtout, humaines.

Le scénario, signé Florence Longpré et Pascale Renaud-Hébert, de même que la réalisation de Charles-Olivier Michaud ont légèrement ajusté le tir dans le ton, l’approche et l’utilisation des blagues et de la musique. Pas trop pour ne pas se perdre en chemin, mais juste ce qu’il faut pour rendre la saison 2 encore plus accrocheuse et marquante que la première.

M’entends-tu? redouble de nuances pour sa deuxième saison et les parts d’ombre de l’humanité sont bien en évidence quand on reprend la vie des trois protagonistes deux ans plus tard.

Les modifications offrent également une profondeur inespérée au récit, donnant ainsi au texte tout l’espace requis pour qu’il soit en vedette sans avoir à se battre contre des excès de mise en scène visant à briller.

Comme l’an dernier, Télé-Québec nous offre gratuitement le tout sur son site, avant même les diffusions à la télé traditionnelle.

Pas de piège payant ici: vous pouvez plonger dans l’intégrale de M’entends-tu? sans donner votre numéro de carte de crédit à qui que ce soit.

Ce mode de diffusion aide certes au rayonnement de la série, mais la grande qualité des textes et de l’interprétation ferait le même travail à long terme.

On a beaucoup parlé de Florence Longpré et des risques qu’elle prend, mais Ève Landry crève l’écran dans sa conjugaison aux limites de l’imaginable de la complexité des sentiments amoureux et amicaux.

Elle déploie divers éléments de détresse à différents moments tout en gardant une lueur d’espoir et de naïveté dans le regard. C’est de toute beauté.

C’est aussi la force de l’ensemble dans cette deuxième saison. Faire rayonner l’humanité malgré la grisaille, le malheur, le poids des mauvaises décisions et le fardeau de la honte.

C’est beau, c’est fort, c’est inspirant et c’est, à défaut d’une conclusion plus nuancée, à voir absolument.