Perspective
14:39 4 août 2020 | mise à jour le: 4 août 2020 à 15:00 temps de lecture: 4 minutes

Des voies actives sécuritaires à deux vitesses

Des voies actives sécuritaires à deux vitesses
Photo: Josie Desmarais/Archives MétroPiétionnisée, l'avenue du Mont-Royal attire la foule

Les réactions sont mitigées quant aux impacts des voies piétonnes et cyclables mises en place par l’administration de Valérie Plante.

Le 15 mai, la mairesse de Montréal a annoncé son plan de déplacements estival, prévoyant entre autres l’aménagement de 200 km de «voies actives sécuritaires» (VAS) dans la métropole. Il s’agit de voies piétonnes et cyclables temporaires visant à faciliter la distanciation physique.

Depuis, plusieurs aménagements ont vu le jour dans divers arrondissements. L’avenue du Mont-Royal, la rue Wellington et la rue de la Commune Est ont notamment été réservées aux piétons, tout comme un tronçon de la rue Saint-Denis. La Ville a aussi ajouté ou agrandi plusieurs pistes cyclables à divers endroits. Les cyclistes ont d’ailleurs été nombreux à utiliser les VAS, comme en témoigne un premier bilan présenté jeudi dernier, se basant sur des données d’achalandage recueillies par l’organisme Éco-Compteur sur plusieurs pistes cyclables et rues piétonnes.

Selon ce bilan, l’achalandage des voies cyclables qui ont été élargies dans le cadre de ce plan a grimpé en moyenne de 36% et 4 VAS comptent parmi les voies cyclables les plus utilisées de Montréal.

Réactions mitigées sur les voies actives sécuritaires

Les réactions de la population varient d’un secteur à l’autre. Sur l’avenue du Mont-Royal, actuellement fréquentée par environ 15 000 piétons quotidiennement, plusieurs commerçants ont salué sa piétonnisation, ce qui leur permet d’attirer de nouveaux clients et d’augmenter leur capacité en aménageant des terrasses.

«Je n’ai jamais vu l’avenue du Mont-Royal aussi achalandée en 10 ans», s’est réjoui le gérant du Candi bar, Jonathan Domer.

«Montréal a vraiment utilisé la COVID-19 pour faire passer plus de choses que les autres grandes villes du Canada.» Pierre Barrieau, expert en planification des transports

À l’inverse, sur la rue Notre-Dame Ouest, l’arrondissement du Sud-Ouest n’a eu d’autre choix que de faire marche arrière sur son projet de réaménagement face à la grogne de plusieurs commerçants.

Des motifs politiques?

«C’est comme si la Ville s’était dit que parce que chaque projet ne concerne qu’un seul arrondissement, on n’a pas besoin de faire de consultations. Moi, j’ai l’impression qu’on a instrumentalisé la pandémie pour faire avancer des projets de Projet Montréal», tranche la professeure à l’Université du Québec à Montréal et experte en gouvernance, Danielle Pilette.

Elle constate que la population montréalaise est très divisée concernant les VAS. C’est notamment le cas des résidents de l’avenue du Mont-Royal, dont les positions divergent concernant la piétonnisation de l’artère commerciale. Des citoyens avaient aussi manifesté le mois dernier contre l’aménagement d’un corridor piéton sur la rue Rachel Est, entraînant le retrait d’espaces de stationnement, avant que la Ville abandonne ce projet.

Les opinions varient aussi auprès des commerçants des secteurs visés, en fonction du fait qu’ils bénéficient ou non de ces nouveaux aménagements, constate Mme Pilette.

Appelé à réagir, le cabinet de Mme Plante rétorque que plusieurs autres villes dans le monde ont mis en place des aménagements similaires afin de «mieux partager l’espace public pour que la population soit en sécurité».

«La Ville […], avec l’approbation du Centre de coordination des mesures d’urgence, a déployé son réseau de voies actives sécuritaires en réponse à la crise sanitaire», indique son attachée de presse, Catherine Cadotte.

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