Santé
18:35 19 octobre 2020 | mise à jour le: 19 octobre 2020 à 20:16 temps de lecture: 4 minutes

La méditation comme traitement

La méditation comme traitement
Photo: Getty Images

La pratique du yoga, de la méditation, de la respiration profonde ou de la visualisation peut avoir des effets bénéfiques sur les adultes atteints d’un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Le recours à une thérapie basée sur la pleine conscience aide à réduire leurs symptômes, avance des chercheurs québécois.

Chez les enfants, de nombreuses études ont démontré les bienfaits de ce type d’intervention, mais la question a été moins explorée chez les adultes. Le groupe de quatre professeurs de l’Université de Montréal, de l’UQAM et de l’Université Bishop’s a ainsi mené une méta-analyse en épluchant la littérature scientifique sur le sujet.

«On voulait savoir l’effet de la pleine conscience sur la dépression, souvent présente chez les personnes ayant un diagnostic de TDAH, et les problèmes de fonctionnement exécutif (ensemble de capacités cognitives)», mentionne l’un des coauteurs, Jhon Alexander Moreno, professeur associé au département de psychologie de l’UdeM.

Leur analyse a révélé que la majorité des études pointaient vers une baisse des problèmes d’inattention et d’hyperactivité ou d’impulsivité grâce à cette approche, en plus d’atténuer la dépression et l’anxiété. Les troubles de fonctions exécutives, qui apportent notamment des difficultés d’organisation et d’adaptation, sont aussi apparus plus faibles.

Focaliser son attention

Plusieurs possibilités peuvent expliquer ce résultat, mais le fait de focaliser son attention de façon intentionnelle sur le moment présent y est pour beaucoup.

«Ce n’est pas surprenant. Si on apprend à la personne à développer ses capacités d’auto-observation et d’autorégulation, et d’être capable de garder une conscience sur la réalité présente, alors le cerveau se met dans un mode d’action différent de ce qu’il est habitué quand il est en mode TDAH puis sans traitement», évoque le neuropsychologue à l’hôpital Notre-Dame.

Lui et ses collègues ont regardé plus de 700 études au cours des deux dernières années. Toutefois, seulement 14 – les meilleures – ont été conservées pour réaliser la méta-analyse. Celles-ci avaient été effectuées auprès de 834 adultes ayant un TDAH.

Les études éliminées s’avéraient des doublons, des opinions ou non pertinentes pour le sujet.

Des questions

La pharmacothérapie est souvent le recours principal pour traiter un diagnostic de TDAH, mais avec des effets indésirables. Il est actuellement trop prématuré d’avancer que les thérapies axées sur la pleine conscience pourraient remplacer les médicaments ou en réduire la dose.

«Je suis plus pour les traitements qui incluent un peu l’effet combiné de la pharmacologie et non-pharmacologie. C’est un peu ce que plusieurs personnes font comme approche multimodale. On parle de psychoéducation, de l’hygiène de vie, des programmes de formations et de la psychothérapie», soutient Jhon Alexander Moreno.

D’autres questions mériteraient aussi d’être explorées pour déterminer la force d’une bonne intervention, comme la durée ou la fréquence. D’une étude à l’autre, le nombre d’heures des traitements variait, expose M. Moreno.

«Que ce soit six ou 96 heures, l’effet des interventions reste efficace», précise-t-il.

D’autres analyses pourraient établir les meilleures catégories de thérapeutes ou les meilleures interventions de pleine conscience pour réduire certains symptômes, mentionne M. Moreno.

En contexte de pandémie, ce type d’approche prend aussi toute son importance pour faire face aux problèmes de santé mentale alors que l’accès aux thérapeutes est plus difficile, souligne le chercheur.

Auteurs

Publiée en août, la méta-analyse a été dirigée par Hélène Poissant de l’UQAM avec l’aide des professeurs Adriana Mendrek de l’Université Bishop’s, Stéphane Potvin et Jhon Alexander Moreno de l’Université de Montréal. L’étude paraîtra prochainement dans le journal universitaire sur la psychologie Mindfulness.

11

Sur les 14 études sélectionnées, 11 ont démontré que la thérapie basée sur la pleine conscience réduisait les symptômes liés au TDAH.

Articles similaires