Radars photo en service à compter d'aujourd'hui: Serez-vous parmi les «volontaires»?
C’est aujourd’hui, que les cinémomètres (radars photo) entrent en service dans la Belle Province. Ils sont installés en 15 endroits stratégiques, en vertu d’un projet-pilote de 18 mois chapeauté par le ministère des Transports du Québec (MTQ). Ils sont sans doute l’une des solutions les plus percutantes afin de réduire le nombre de morts sur nos routes… au grand dam des «volontaires» qui appuient trop sur le champignon ou qui brûlent les feux rouges.
Une précision, d’abord : si l’on veut désigner par les termes «radars photo» ces appareils qui mesurent la vitesse, encore faudrait-il qu’ils renferment un radar. Et sauf trois radars photo qui sont mobiles (et assistés d’un policier), tous les autres appareils utilisés dans le projet-pilote québécois ne comportent aucun radar.
Ceux installés aux feux rouges (6) et de façon permanente en bordure de certaines routes (6) misent plutôt sur des boucles d’induction magnétique qui, insérées à même le sol, détectent le mouvement et la vitesse des véhicules. Il convient donc d’appeler «cinémomètres» ces appareils de surveillance photographique.
Cela dit, en choisissant cet outil de contrôle routier, le Québec imite quelque 70 administrations qui, un peu partout sur la planète, font déjà de même. Et c’est justement en analysant ce qui se fait ailleurs que la Table québécoise de la sécurité routière, présidée par Jean-Marie De Koninck (le père d’Opération Nez rouge), en est venue à recommander les cinémomètres.
Des exemples?
En France, cinq ans après l’installation des premiers cinémomètres, on évaluait à 43 % la diminution du nombre de morts sur les routes. «Les trois quarts de cette diminution seraient directement attribuables aux radars photo», soutient Mathieu Grondin, chef du bureau de projet sur les cinémomètres à Québec. Dans l’Hexagone, quelque 2 200 appareils sont actuellement en service. On projette d’en doubler le nombre au cours des prochaines années.
Là où on se tue
Pour ses premiers pas dans le monde des cinémomètres, le Québec mise d’abord sur un projet-pilote de 18 mois qui ne touche que 3 régions. Quinze emplacements (voir notre liste) ont été sélectionnés parmi les plus «accidentogènes» de la province. Il s’agit aussi d’endroits où la surveillance policière est risquée : six à Montréal (milieu urbain), quatre en Montérégie (population dense) et cinq dans Chaudière-Appalaches (milieu rural).
Mis à part deux cinémomètres sur autoroute (notamment sur la 20 Ouest, à Boucherville), tous les appareils visent des zones où la vitesse permise est de
90 km/h ou moins. «C’est là qu’on se tue le plus, et non sur les autoroutes», dit Jean-Marie De Koninck.
Après un an de projet-pilote, l’analyse des données viendra confirmer l’implantation – ou non – d’un système à plus grande échelle. Le président de la Table de la sécurité routière croit que l’installation d’un millier de cinémomètres améliorerait beaucoup le bilan routier québécois. «Pour le moment, les gens ralentiront à l’approche d’un cinémomètre, puis ils accéléreront, affirme M. De Koninck. Si on place des appareils un peu partout, ils trouveront beaucoup moins stressant de… simplement respecter les limites.»
Mêmes contraventions, mais sans points d’inaptitude
Depuis ce matin, ces cinémomètres transmettent aux policiers les premières photos (cryptées) de contrevenants. Le MTQ est formel : chaque incident sera analysé par un policier afin de vérifier s’il y a bien eu infraction. Si c’est le cas, le Bureau des infractions et amendes du ministère de la Justice aura 30 jours pour émettre une contravention, que l’automobiliste fautif recevra par la poste.
Un peu comme l’an dernier avec l’interdiction du cellulaire au volant, une période de grâce d’une durée de trois mois est accordée. Les contrevenants recevront un avis par la poste, mais n’auront pas à défrayer la note.
Dès le 19 août cependant, on passera aux choses sérieuses. Les coûts rattachés aux excès de vitesse et infractions aux feux rouges seront bien réels. Ils seront exactement les mêmes que si l’infraction avait été notifiée par un policier, mais n’entraîneront pas de points d’inaptitude.
Cette dernière mesure évite d’avoir à prouver qui conduisait – ou pas – le véhicule sanctionné. En effet, respect de la vie privée oblige, on ne pourra voir qui se trouve dans l’habitacle du véhicule. Le propriétaire reçoit une contravention, mais c’est quelqu’un d’autre qui conduisait? Un mécanisme de «transfert de responsabilité» a été prévu.
Très payant… en vies sauvées
La ministre des Transports, Julie Boulet, se défend bien de mettre en place «des trappes à argent» et souligne que tous les cinémomètres sont clairement annoncés. La signalisation routière, dans le cas des cinémomètres pour vitesse, sera disposée de façon à donner le temps aux conducteurs de ralentir.
La ministre soutient par ailleurs que toutes les sommes recueillies iront au Fonds de la sécurité routière et au financement de programmes d’aide aux victimes de la route. En France, les 2 200 cinémomètres ont rapporté 447 millions d’euros en contraventions l’an dernier, soit plus de 700 M$ canadiens.
Au Québec, le projet-pilote, un contrat «clé en main» accordé à la firme CGI, représente un investissement initial de 6,6 M$. Cette somme comprend l’installation (confiée à Genivar), mais aussi l’architecture informatique, le support et l’entretien. Les appareils sont de fabrication allemande – étrange, lorsqu’on pense aux Autobahn germaniques sans limite de vitesse…
Est-ce que les policiers québécois feront preuve de tolérance si un automobiliste est «pincé» à 72 km/h dans une zone de 70 km/h? «La seule chose que je peux vous dire, soutient M. Grondin du MTQ, c’est qu’à partir du moment où un conducteur dépasse la limite, il s’expose à une contravention.»
Une chose est sûre : «Il y en aura, des contrevenants, déclare Jean-Marie De Koninck. Il y a les distraits, qui ne devraient se faire prendre qu’une seule fois. Et il y a ceux qui se foutent de tout, y compris de la signalisation et des autres. C’est justement ceux-là qu’il faut intercepter – moi, je les appelle des "volontaires".»
Ça sera payant, les cinémomètres? «Et comment! conclut M. De Koninck. Ça sera très payant… en termes de vies sauvées.»
OÙ SONT CES CINÉMOMÈTRES?
(Où/Type/Vitesse limite)
MONTRÉAL
- University – sud: Feux rouges 50km/h (Intersection Notre-Dame)
- Sainte-Catherine – est: Feux rouges 50km/h (Intersection D’Iberville)
- Boulevard Décarie – nord: Feux rouges 50km/h (Intersection rue Paré)
- Chemin McDougall – est: Cinémomètre fixe 50km/h (entre Le Boulevard et Cedar)
- Autoroute 15 – sud: Cinémomètre fixe 70km/h (avant la sortie Atwater)
- Notre-Dame Est: Radar mobile 50 et 60km/h (entre De Lorimier et Gonthier)
MONTÉRÉGIE
- Saint-Constant: Feux rouges 70km/h
Route 132 – est, intersection Monchamp - Boucherville: Cinémomètre fixe 100km/h
Autoroute 20 Ouest, avant Mortagne - Pincourt: Cinémomètre fixe 70km/h
Autoroute 20 Est, 350m à l’ouest du boul. De l’Île - Marieville: Radar mobile 70 et 90km/h
Route 112, entre Richelieu et Ste-Angèle-de-Monnoir
CHAUDIÈRE-APPALACHES
- Lévis: Feux rouges 50km/h
Président-Kennedy (route 173) – sud (Intersection Wilfrid-Carrier et Louis-H. Lafontaine) - Thetford Mines: Feux rouges 50km/h
Frontenac Est (route 112) – est (Intersection Ouellet) - Lévis: Cinémomètre fixe 100km/h
Collecteur Autoroute 20 Ouest (Environ 1km avant la sortie pour le pont Pierre-Laporte) - Saint-Georges-de-Beauce: Cinémomètre fixe 50km/h
Boulevard Lacroix (route 173) – sud (Hauteur de l’intersection 114e Rue) - Beauceville: Radar mobile 50, 70 et 90km/h
Route 173 (Entre la route du Golf et Notre-Dame-des-Pins)