Non, un chercheur n’a pas affirmé que Game of Thrones ruine votre vie sexuelle
En bref
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Beaucoup de médias ont repris une histoire la semaine dernière comme quoi un chercheur britannique aurait affirmé que des séries télévisées populaires comme Game of Thrones nuient à la vie sexuelle des téléspectateurs.
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Le principal intéressé nie ces informations.
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Il a expliqué dans un billet de blogue qu’il s’agissait très clairement d’une blague que les médias ont pris au sérieux.
En détails
Si l’inspecteur viral devait dresser une liste de sujets potentiels qui pourraient briser l’internet, «Game of Thrones» ferait partie du palmarès, surtout lorsqu’on y ajoute «pourrait nuire» et «vie sexuelle». Tout est là: émission populaire, sexe et peur.
Voilà pourquoi l’histoire comme quoi la populaire série (pourtant extrêmement sexualisée) pourrait nuire à votre vie sexuelle a fait trois fois le tour du web avant que l’inspecteur ne puisse prendre trois secondes pour s’y pencher.
«Un chercheur de l’université de Cambridge a cité Game of Thrones comme cause de notre déclin sexuel», affirme la version française du magazine GQ.
«Selon David Spiegelhalter, professeur de la compréhension publique du risque, il semblerait que depuis ces trente dernières années, les couples aient de moins en moins de relations sexuelles. Et cela s’expliquerait, en partie, par le fait que de nombreux couples aient pour habitude de regarder la télé (ou des séries) au moment de se mettre au lit, plutôt que de se retrouver plus intimement sous la couette», peut-on lire dans l’article de Marie-Claire.
L’article explique ensuite que le chercheur jette la faute sur la série Game of Thrones. «À ce rythme, d’ici 2030, les couples ne feront plus du tout l’amour! Ce qui est une tendance très préoccupante», aurait dit le professeur, selon Marie-Claire.
Encore un manque de vérification pour se faire des clics…
C’est drôle, parce que le chercheur en question ne la trouve pas très drôle. Dans un billet de blogue, M. Spiegelhalter s’exaspère devant le piètre travail des médias qui ont repris l’histoire.
«J’ai vraiment tenu ses propos», affirme-t-il, en expliquant qu’il les a prononcés lors d’un festival d’art et de littérature dans le cadre duquel il avait été invité pour parler de son livre, «Sex by Numbers» (Le sexe en statistiques). C’est alors qu’il a abordé le sujet du déclin de l’activité sexuelle chez les britanniques. Vu que la cause précise n’est pas connue, il a suggéré à la blague que la série Game of Thrones y serait pour quelque chose, et que, si la tendance se maintient avec autant de sorties de séries télévisées, les Britanniques ne feraient plus l’amour d’ici 2030.
«Tout cela a été prononcé de manière extravagante, et la foule s’est mise à rire. C’est un exemple d’exagération farfelue pour faire de l’humour», écrit-t-il.
Malgré la blague évidente, le tabloïd britannique The Telegraph a repris ses propos comme s’il s’agissait de conclusions scientifiques. Et la machine internet de s’emballer.
«Tous les médias qui ont repris l’histoire ont simplement copié l’article du Telegraph, et seulement un journaliste a pris la peine de me contacter. Le virus s’est muté et les grands titres sont devenus de plus en plus exagérés», déplore-t-il.
«Cette histoire ne montre pas le journalisme à son meilleur», conclut-il, se disant victime du piège à clic.
L’inspecteur ressent votre douleur, M. Spiegelhalter…
Les rumeurs qui se propagent sur les réseaux sociaux parce que les internautes vérifient mal leurs informations, c’est une chose. Mais quand ce sont des journalistes qui propagent la désinformation?
