Vivre ensemble

Foutre la paix aux musulmans

Photo: Istock/Rawpixel

Dear Ms Fatemeh,
I really miss you, you were a great teacher! I like when you read books to us! I actually think your hijab is awesome!!! Your the best teacher ever!!!
From: Elin Wilson, grade 3

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CHRONIQUE – Quelques heures après la publication de ce mot, touchant mais crève-cœur d’injustice, d’une enfant à sa prof déchue, notre traditionnel débat du samedi midi, à Radio Ville-Marie, rappelle le film-fleuve, interminable, en cours depuis la «crise» des accommodements raisonnables.

– Faudrait pas oublier que plusieurs musulmanes de l’Algérie ont des griefs sérieux, envers le voile.

L’argument, soulevé par mon (gentil, allumé et cultivé) contradicteur Lapointe, constitue, en fait, l’une des principales marottes de l’autre clan, celui des ambassadeurs de la défunte Charte des valeurs et de sa bambine, la loi 21.

Même servie réchauffée, la référence fait encore sourire, sinon sacrer. Parce que dès lors qu’est soulevé l’acharnement politico-médiatique envers la condition musulmane, lesdits ambassadeurs s’empresseront de répliquer:

– La loi 21 n’est pas discriminatoire envers l’islam, elle s’applique à TOU-TES les religions.

Fausse assertion: la loi ne s’applique qu’à quelques religions, soit celles afférentes au port d’un signe religieux. T’es membre de l’Église de scientologie ou un raëlien de fin de semaine? Dors tranquille. On, incluant l’État, ne s’intéresse pas à toi. Plutôt à l’islam. Uniquement et simplement.

Qui ici pour prétendre que la genèse de la loi discutée se trouve ailleurs que dans le 11 septembre et ses suites délétères?

Qui pour nier aujourd’hui que la «crise» des accommodements, dont l’existence même fut démentie par Bouchard-Taylor, était essentiellement une chasse à anecdotes ou aux caricatures musulmanes? 

Qui a déjà lu une chronique pro-21 portant sur les dangers de la kippa juive, de la croix catho ou du turban sikh?

Un long parcours

À l’inverse, par contre, me souviens d’avoir entendu Bernard Drainville, alors ministre responsable de la Charte des valeurs, assurer qu’«on a un malaise, au Québec, avec le voile».

Me rappelle aussi avoir entendu son collègue Lisée plaider, de façon péremptoire, qu’«il y a des hijabs partout, ÇA SU-FF-IT!» Le même collègue qui tweetait, le 7 avril 2014, jour d’élections: «Vous êtes soit avec nous (c.-à-d. le gouvernement Marois), soit avec les intégristes islamistes.»

On tient également en souvenir la publicité du Bloc québécois comparant, sans honte, le niqab a un déversement de pétrole, pub retirée depuis.

Reste que si l’Humanité s’y trouve encore, nos historiens du futur risquent de se gratter la noix, solidement à part ça, en tentant de saisir l’acharnement québécois: ils nous ont fait quoi, les musulmans, au juste, afin de mériter tel traitement?

Dixit (feu) Pierre Falardeau: «Ce qui me dérange, c’est cette fixation que les gens ont sur l’islam. Je suis allé en Algérie. J’ai des chums sénégalais qui m’ont amené au Sénégal… Ils prient. Ils ne m’ont jamais emmerdé, ne me cassent pas les couilles…Venons pas fous! […] Moi, les Arabes que je connais, y sont fins. C’est du monde comme nous autres.»

A-t-on, au fait, déjà recensé un cas de prosélytisme dans les écoles de la nation? Non.

Un cas d’abus de pouvoir par un policier, gardien de prison ou juge? Non plus.

Un acte terroriste impliquant des musulmans? Un seul: Alexandre Bissonnette. De quoi s’étouffer d’ironie.

Ce que l’on sait ou (plutôt) devrait savoir, par contre, est ceci:

Que les musulmans sont les premières victimes, loin devant, des barbares sanguinaires de l’État islamique.

Que selon les études du professeur Thomas Dee, les élèves de profs issus de minorités sont bénéficiaires de gains psychoéducatifs.

Que selon celles du professeur Paul Eid, importer ici les traumatismes étrangers est malvenu, la situation québécoise étant distincte quant aux motifs, libres et volontaires, du port du voile.

Qu’il y a plus de 300 façons de pratiquer l’islam et qu’il serait grotesque, par conséquent, de prétendre au bloc monolithique.  

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Je ne connais pas Elin Wilson, enfant de huit ans. Mais son message, candide et puissant, l’envoie dans la poire de trop d’adultes hargneux, méfiants ou fomenteurs de haine. La poire du respect, de l’amour et de l’humanisme. Thank you, Elin.

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