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Quoi qu'il en soit…

J’ai lu que 50 % de la nourriture produite sur la surface de cette terre se dirige directement vers la poubelle, sans jamais avoir même rencontré l’ombre d’une bouche. J’ai lu que les ondes Wi-Fi détruisent les arbres, leur causant des maladies et les grugeant tranquillement tel un gros crabe cancéreux. Je sens que mon téléphone cellulaire me chauffe tellement l’oreille qu’il doit avoir des effets que je n’ose même pas imaginer sur mon cerveau. J’ai de la misère à trouver un seul objet qui ne soit fabriqué en Chine, suremballé, transporté depuis l’autre bout de la planète et qui finira probable­ment lui aussi aux poubelles un jour. J’ai entendu qu’il n’y a que 20 % de ce qui se trouve dans mon bac vert qui sera recyclé. En Amérique du Nord, on m’a dit que, chaque année, il y a 25 milliards de gobelets à café en carton qui sont jetés aux ordures après l’absorption de la boisson. Je sais que des enfants du coin ne mangent qu’un repas par jour. J’ai vu que d’autres, un peu plus au sud, sont tués au nom de la grande traversée de la drogue et de l’empire de ses cartels.

Et les nouvelles… La faim, la pauvreté, la maladie, la guerre, la politique, l’analphabétisme, la dépression… Et je me dis qu’il n’y a pas de solution, que l’humanité s’est tiré une balle dans le pied… Point. Que nous sommes condamnés à finir nos jours en prenant des cafés virtuels avec nos amis Facebook et à tweeter des comptines à nos enfants. Et que pendant ce temps, la Terre s’étiolera tranquillement, et ceux qui ont eu le malheur de naître au mauvais endroit au mauvais moment courberont encore et toujours l’échine pour permettre à d’autres de régner.

Alors je sors dehors. Quelqu’un siffle, un gamin apprend à marcher, le ciel est mauve, Please Please Me joue à la radio, je vois une affiche pour un spectacle de danse, un peu de brume, des amoureux qui s’embrassent, une boutique de chocolat artisanal… Et le soleil continue de se lever. Et la lune se couche. Et pas à pas, ceux qui ont le sourire aux lèvres et le cÅ“ur sur la main, ceux qui ont des mots doux et des voix réconfortantes, ceux qui ont une étincelle dans les yeux, ceux qui ont le goût de rire et de voyager, de partager et de créer, de dénoncer, de se rassembler, de crier, de chanter, de danser, de jouer et d’aimer, ceux-là réussiront à faire en sorte que le monde s’époussettera un peu tous les jours et continuera sa grande marche vers l’avant, quoi qu’il en soit. Ouf!

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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