Beaucoup de défis restent à relever en Haïti
Presque un an après le tremblement de terre, la vie a repris son cours à Port-au-Prince, mais beaucoup reste à faire sur le terrain, soulignent plusieurs intervenants québécois. Voici quelques-uns des nombreux défis qui garderont le pays occupé en 2011.
Rebâtir les institutions
En deux minutes, le séisme annihilait le travail entrepris sous le président Préval par différents pays – et le Québec – pour rebâtir la fonction publique, la police et la justice et renouer ainsi avec une certaine sécurité. «Un an plus tard, à l’image du palais présidentiel toujours à terre, Haïti se cherche un président légitimement élu. Selon Jean-Paul Riverin, de la Direction des affaires internationales de l’École nationale d’administration publique (ENAP), «la reconstitution d’Haïti passe par un renouveau institutionnel, l’intégration de bonnes prati-ques de gouvernance et la capacité de l’État à prendre sa place». Il privilégie les projets réalisés par les Haïtiens, une préoccupation que l’on retrouve dans le cri du cÅ“ur de l’écono-miste Éricq Pierre dans les médias haïtiens. «À force de nous étreindre et de nous embrasser, ils sont sur le point de nous étouffer», écrit-il à propos de l’aide étrangère.
Protéger l’agriculture
«Si elle est indispensable pour les camps, l’aide internationale peut aussi déstabiliser l’agriculture locale», note Sébastien Rioux, coordonnateur d’Haïti, une semence, un pays. Parmi les formes d’aide décriées, celle de Monsanto arrive en tête. L’entreprise a livré 475 tonnes de semences hybrides, «des semences qui produisent généralement moins d’année en année», déplore M. Rioux. Grâce à un appel aux semenciers cana-diens, le Montréalais a envoyé pour 15 000 $ de semences biologiques ou à pollinisation libre qui nourriront plus de 1 000 Haïtiens pendant des années. «Réalisée à plus grande échelle, cette approche est la meilleure façon d’aider un pays sur le plan agricole», dit-il.
Contrer la violence dans les camps
«Même si le risque pour les femmes et les fillettes d’être confrontées au viol et à d’autres formes de violence sexuelle était déjà important avant le séisme, il a encore été augmenté par les déplacements et les conditions de vie précaire dans les camps de fortune», note Amnistie internationale. Le plus récent rapport de l’organisme, publié jeudi, détaille 50 cas mettant en relief le manque de sécurité dans le millier de camps qui subsis-tent et l’impunité des violeurs dans un contexte d’effondre-ment du système de justice.
Accélérer la reconstruction des logements
Selon le dernier rapport d’Oxfam, un million d’Haïtiens vivent toujours sous des tentes ou des bâches. À peine 15 % des loge-ments temporaires de base ont été construits et la reconstruction à grande échelle de maisons ne peut avancer avec seulement 5 % des décombres de dégagés. L’organisme pointe du doigt les gouvernements des pays donateurs qui n’ont jusqu’ici versé que 42 % des 2,1 GS promis. Le peu de coordination entre ONG et le manque de leadership de la Commission intérimaire pour la reconstruction sont aussi visés.