Donald Trump le «nativiste»
Il fallait voir Donald Trump gesticuler pendant trois minutes sur le plateau de The View, le talk-show d’ABC. «Pourquoi Obama ne nous montre pas son certificat de naissance?» C’était le 23 mars. Depuis, le milliardaire monopolise les phares médiatiques avec la même lancinante question. Le président des États-Unis a beau avoir vu le jour en sol américain, rien n’y fait pour les théoriciens du complot.
Régulièrement sur le WorldNetDaily, site ultraconservateur, les «birthers» («nativistes») refusent d’admettre l’évidence : le premier président noir des États-Unis est né à Hawaï le 4 août 1961 à 19 h 24 locales, deux ans après l’entrée de l’archipel dans l’Union. Ils n’ont jamais désarmé, cependant, et s’escriment pour prouver qu’en plus d’être un «musulman caché», Obama est un président illégitime, selon la Constitution, car il serait né à l’étranger, au Kenya, d’où vient son père.
Le Tea Party et certains élus républicains distillent si bien cette folle rumeur, qu’au moins un quart des Américains y croit dur comme fer. Mais il manquait à ce groupe un véritable porte-voix. Il l’a trouvé en Donald Trump. Jamais ils ne lui lanceront : «You’re fired!», célèbre cri du producteur de The Apprentice, son émission diffusée sur NBC où, la semaine dernière encore, il annonçait avoir dépêché des enquêteurs pour faire toute la lumière sur le lieu de naissance d’Obama.
De toute évidence, le magnat new-yorkais de l’immobilier fait campagne contre le «vrai-faux» certificat du président, parce qu’il est sur le point d’annoncer sa candidature à l’investiture républicaine, contre un autre milliardaire, Mitt Romney, l’ancien gouverneur mormon du Massachusetts.
En questionnant jour après jour le lieu de naissance d’Obama, Trump s’assure d’être constamment sous les feux médiatiques. Cela est plus payant que de dénoncer les politiques du président démocrate, candidat à sa propre succession.
Comment expliquer une telle attirance pour les théories du complot? Si elles font recette, c’est parce que la parole officielle, aux États-Unis et ailleurs, est depuis longtemps désacralisée, disqualifiée par des mensonges avérés. Cette crise de conÂfiance s’accompagne d’une remise en question de l’actualité telle que présentée par les médias traditionnels. Résultat : le cyberespace est une toile de choix pour les conspirationnistes. Plus qu’ailleurs, ces derniers font partie de la culture américaine.
Donald Trump se trompe de cible en laissant planer le doute sur le lieu de naissance de Barack Obama, comme il l’a encore fait hier sur CNN. Mais tous les coups bas sont permis. La campagne pour la présidentielle de novembre 2012 a déjà commencé.