Les utilisateurs-payeurs en F1
Qu’est-ce qui peut bien pousser quelÂqu’un à dépenser 700 000 $ par course pour piloter la voiÂÂture la plus lente en Formule 1?
Tandis que les meilleurs pilotes, comme Lewis Hamilton et Fernando Alonso, font partie des sportifs les mieux payés au monde – eux qui empochent plus de 20 M$ par saison –, il y a des conducteurs qui participent grandement au budget de l’équipe pour avoir le privilège de se retrouver derrière le volant.
Et avec les récents troubles dans le monde de la finance, qui affectent davantage la gourmande F1 que les autres sports majeurs, certaines écuries ont dû embaucher des pilotes pour leur portefeuille plutôt que pour leur talent.
L’Allemand Nico Hulkenberg a permis à Williams de remporter sa première pole en cinq ans au Grand Prix du Brésil la saison dernière. Il a pourtant été remplacé cette année par la recrue Pastor Maldonado, qui est arrivée avec environ 18 M$ provenant du pétrole vénézuélien. Ce dernier n’a terminé que quatre courses cette saison. Son meilleur résultat? Une 15e position en Espagne.
Le groupe d’ingénierie indien Tata a financé le retour en F1 de Narain Karthikeyan après six ans d’absence sur les circuits. Le groupe n’a pas eu de retour sur son investissement au Grand Prix d’Australie, où aucune des voitures Hispania Racing ne s’est qualifiée pour la course.
Depuis, Karthikeyan s’est approché à deux dixièmes de seconde de son coéquipier Tonio Liuzzi en qualifications, mais il est toujours en queue de peloton. Donc, pourquoi n’arrête-t-il pas? À l’instar de la majorité des pilotes automobiles, courir en F1 était son rêve. «Mon objectif est de demeurer dans le circuit le plus longtemps possible», a-t-il indiqué durant le week-end du Grand Prix de Chine.
Karthikeyan a été derrière le volant d’une Jordan durant 19 courses en 2005, mais n’a pas été en mesure de payer les 11 M$ qu’on attendait de lui la saison suivante. Il s’est ensuite retrouvé dans des circuits moins prestigieux comme le A1GP et la série Superleague. Il s’est même fait la main au Mans et dans les courses de camions en NASCAR. Il pensait toutefois encore à la F1. À 34 ans, Karthikeyan est de 10 ans l’aîné du champion en titre de la F1, Sebastian Vettel.
«Ça faisait longtemps que je n’avais pas piloté en F1, a-t-il expliqué. Tellement de choses ont changé, dont les pneus et l’aide aux pilotes. Je me sens comme une recrue. Mais je me sens confortable avec mon équipe [Hispania Racing], et Tonio est un bon pilote. C’est une bonne chose pour moi de me comparer à lui.»
Même s’il finit normalement dernier, il dit qu’ilest un héros dans son pays. «Partout où je vais, des gens me demandent mon autographe.»
L’idée que ce soit l’argent qui lui ait permis de faire sa place en F1 plutôt que son talent ne le dérange pas. De toute façon, ce ne sont pas ses sous. C’est son commanditaire qui paie pour une voiture, qui, si elle se retrouvait entre les mains d’un conducteur habitué aux Red Bull ou aux McLaren, serait considérée impossible à piloter.
De toute façon, si Sebastian Vettel était derrière le volant de la Hispania de Karthikeyan, il ne serait probaÂblement plus rapide que de cinq dixièmes seconde.
L’an dernier, l’utilisateur-payeur chez Hispania, Sakon Yamamoto, utilisait la fortune familiale et payait 700 000$ par course. Cet argent provenait de la clinique médicale de sa mère et d’un réseau d’arcades. Il y a d’ailleurs un lien à faire ici.
Il ne suffit que d’insérer quelques pièces dans un jeu d’arcade pour se payer une expérience virtuelle. Si vous avez assez de pièces, vous pouvez vivre l’expérience réelle en F1.