Des chiffres et des personnes
Le 8 juin dernier, la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Julie Boulet, a déposé à l’Assemblée nationale son rapport sur les cibles de revenus à atteindre au Québec pour lutter contre la pauvreté. Il a d’ailleurs été produit en vertu de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
Ce rapport devait, en principe, faire suite aux recommandations du Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CCLP) et permettre d’adopter des mesures concrètes de lutte contre la pauvreté.
Ce rapport devait, en principe, traiter de droits aussi fondamentaux que le droit de manger, bafoué pour des centaines de milliers de Québécois, qui doivent fréquemment jeûner.
Ce rapport devait, en principe, parler d’êtres humains et de leur dignité.
C’est ce qui devait se passer.
À la recommandation du CCLP de mettre en place un soutien financier minimal, la réponse de cette ministre fut : non. Un non catégorique et définitif puisque ses chiffres le disent : cette mesure coûte trop cher!
Les personnes en situation de pauvreté se voient éclipsées de ce rapport par des «estimations économétriques», qui ne tiennent pas compte des coûts de la pauvreté. Où sont l’humanité et le sens de l’éthique dans cette décision?
Quand une ministre préfère les chiffres à la réalité quotidienne de centaines de milliers de personnes, est-elle vraiment à sa place comme ministre de la Solidarité sociale?
– Amélie Châteauneuf et Marie-Ève Duchesne pour le Front commun des personnes assistées sociales du Québec