Le comble de l'oisiveté

Dans une autre vie, sur une autre planète, l’été, après une année de labeur à l’université, on revenait chez nous. Manque de moyen et de programmation culturelle ou de loisir dans ma cité, on passait le plus clair de la journée à dormir pour ne se réveiller qu’en fin d’après-midi. Et l’une des activités prisées: l’oisiveté. On flânait dans le café du quartier jusqu’à tard le soir. Après la lecture des journaux et la résolution des grilles de mots fléchés et croisés, s’en suivaient des discussions interminables sur l’actualité. Du sport et de la politique ad nauseam. Nous sommes devenus des analystes chevronnés.
 
Ici, changement de décor, le temps nous manque! Je l’ai vite remarqué les premières semaines de mon arrivée! Je n’avais pas d’emploi, pourtant je n’arrivais pas à bout de mon agenda. Ici, même si vous n’avez pas d’activité professionnelle, vos journées sont chargées! Allez comprendre!

Alors, quand on travaille et qu’en plus on a des charges familiales, on déborde. Du coup, quand mon cellulaire ne dérougit pas, que les SMS et les courriels ne cessent d’entrer et que la liste des choses urgentes à faire déborde sur plus de deux pages de mon calepin, la nostalgie de mon ancienne vie d’étudiant pénard prend le dessus.

C’est ma thérapie de choc pour lâcher du lest. L’espace d’un après-midi, je plaque tout. Je ferme mon cellulaire et je m’installe dans un café avec vue sur la rue. Scotché aux passants et sirotant mon latte, je m’en fous éperdument du temps et du sablier qui s’égrène. Je scrute, de gauche à droite, le va-et-vient comme un spectateur d’un match de tennis.

C’est ce que j’ai fait l’autre jour dans un café qui donnait sur un grand boulevard à double voix. Alors que j’étais perdu dans le magnifique visage de l’hiver de ma ville, soudain, un patrouilleur du SPVM a stationné son bolide à la Miami Vice, en embuscade, à l’angle de deux boulevards. Il est sorti de son véhicule comme dans une scène de la télésérie américaine. Blanc, grand et beau, il a mimé un geste pour étirer sa nuque, a dégainé son radar portatif et a scruté l’horizon. Il était fin prêt.

Tout à coup, j’ai senti l’adrénaline monter et une excitation m’envahir. Je me suis rapproché de la grande vitre pour être aux premières loges. C’était l’heure de pointe et les voitures passaient à une vitesse incriminante. Moins d’une minute, la première voiture a mordu à l’hameçon. D’un geste brusque, l’agent a surgi au milieu de la chaussée pour intimer à la conductrice de l’Audi sport de se mettre sur le côté. Dans un rituel qui allait se répéter quatre fois en quelques minutes, l’agent s’est rapproché de la vitre de la conductrice pour annoncer l’infraction. Il est retourné à son véhicule, a tapoté sur son ordi de bord, a préparé le constat, s’est redirigé vers la fautive et a réglé le tout rapidement. Dès que l’Audi s’est éclipsée, rebelote. Je me suis ressaisi sur mon siège.

Quelque trois minutes sont passées sans qu’aucune voiture dépasse la vitesse permise. Le peuple s’est ajusté! J’ai commencé à m’impatienter. Voyons donc, une deuxième! Mon vœu s’est exaucé pas une, mais quatre fois de suite.

Quarante minutes plus tard, le flic a terminé sa journée de travail et a disparu dans la circulation, à tout à allure!

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