Tension électorale et bruits de bottes en Égypte
Le scénario d’un printemps précurseur de jours heureux pour le peuple égyptien est en train de se transformer en cauchemar, après la décision de la Haute Cour constitutionnelle de dissoudre le parlement issu des dernières élections législatives post-Moubarak. Une démarche qui laisse l’opinion publique encore plus perplexe puisque, en même temps, la candidature l’ex-premier ministre de l’ancien régime, Ahmad Chafiiq, a trouvé grâce aux yeux de la Cour.
L’arrêt de la Cour n’a pas ordonné la dissolution pure et simple de la chambre, mais en jugeant illégales les conditions d’élection de l’ensemble des députés, elle accorde un carton rouge aux élus qui sont automatiquement mis hors jeu. Ce n’est pas pour rien que des sources proches du Conseil suprême des forces armées évoquent la possibilité que cette instance puisse aujourd’hui annoncer qu’elle assumerait directement les pouvoirs législatifs.
L’enjeu du second tour des présidentielles de cette fin de semaine est devenu encore plus important pour ceux qui ont fait le printemps égyptien, car le risque d’un retour au statu quo est devenu trop évident. Hillary Clinton a mis en évidence cette tentation des actuels dirigeants, en déclarant ,en réaction à la décision de la cour constitutionnelle, qu’«il ne doit pas avoir de retour en arrière en ce qui concerne la transition démocratique réclamée par le peuple égyptien».
J’avais parlé, au lendemain du premier tour des présidentielles, de la lente désillusion qui avait provoqué l’abandon de la place Tahrir, comme si la population ne se sentait pas concernée par cette bataille entre deux extrémismes incarnée par Mohammed Morsi et Ahmad Shafiq. Le premier, représentant les Frêres musulmans et le second, un establishment qui n’entend pas perdre le contrôle d’une situation qui pourrait déboucher sur un réel chambardement.
À quelques heures des élections, l’opposition se demande s’il faut rester ou se retirer de la course. Les manifestants qui sont dans la rue, eux, n’hésitent pas. Les Frères musulmans doivent se retirer pour ne pas légitimer ce qui se dessine comme un coup d’état électoral de l’armée.
Comme on l’a vu en Libye ou en Tunisie, le printemps arabe souffre du même mal en Égypte, où des batailles idéologiques empêchent toute possibilité de cohésion de l’opposition autour d’un objectif commun: celui de changer vraiment les choses après la chute du régime totalitaire d’Hosni Moubarak. Est-ce qu’ils vont finir par traverser cette barrière et parler d’une seule voix lors du vote de samedi et dimanche?