Reconquête du triple A, le Canada comme exemple
Vendredi dernier, Standard & Poor’s a abaissé la note de la moitié des pays de la zone euro et retiré son triple A à la France tout en maintenant celui de l’Allemagne. Dans l’Hexagone, c’est le choc. Là-bas, pour insuffler de l’espoir au peuple, le Canada est cité en exemple!
En effet, en début de semaine, je suivais pénard le 20h, le téléjournal de France 2, quand le présentateur s’est questionné sur la possibilité de reconquérir le triple A? Sa réponse fut oui. Dans la foulée, il a annoncé un reportage sur l’épopée du Canada qui a réussi cette reconquête.
La narration nous a replongés en 1992, lorsque notre «plus beau pays au monde» était au bord de la faillite. À l’époque, le Canada a subi un lourd déficit, 9% de la richesse nationale. On nous a retiré le triple A et on est devenu la risée de notre voisin américain.
Le reporter nous a rappelé que le Wall Street Journal s’interrogeait carrément sur la possibilité de notre banqueroute risquait de nous réduire à un énième pays du tiers monde! La dette devenait même un sujet d’ironie nationale. Pour étayer son propos, le reporter a présenté un bout d’un sketch de Daniel Lemire où il a balancé sa légendaire réplique: «J’ai lu il y a quelque temps que la dette du Canada est rendue à 500 milliards. Ça ne serait pas une bonne idée de déclarer faillite et de repartir ça sous un autre nom!»
La principale leçon tirée du cas Canada: c’est très rapide à perdre un AAA et c’est relativement long à regagner. Dix ans, c’est le temps qu’il aura fallu à Jean Chrétien pour regagner la confiance des marchés. Notre ancien PM a coupé dans les dépenses publiques. Moyennant des primes de départ, les effectifs des fonctionnaires ont baissé de 20% et les budgets des ministères de 15%. Dans la foulée, les allocations de chômage ont été réduites et les salaires des politiciens gelés. C’est là où on a évoqué dans le reportage une autre anecdote racontée par Jean Chrétien en personne. Il a avoué avoir renoncé lui aussi à un petit symbole, celui des grosses Cadillac de service. On l’appelait le premier ministre en Chevrolet.
Bilan de cette politique de rigueur, une dette en recul constant sur une décennie. En 2002, le AAA est justement reconquis. Le reportage nous a rappelé que dans les milieux de la finance mondiale, le Canada, qui était au bord de la faillite, il y a 20 ans, a des allures de miraculé économique dans le club des pays du AAA. Il est celui qui est revenu de loin.
Ironie de l’histoire, notre pays souvent raillé par les États-Unis, a réussi sa traversée de la crise de 2008 sans trop de casse. Il paraitrait que nos banques n’ont pas mordu à l’hameçon des «subprimes» et sur le continent américain, nous sommes cités en exemple.
Néanmoins, sommes-nous vraiment à l’abri de la récession? (À suivre…)