La culture de palmier à huile ou les pillards modernes
Le Centre pour l’environnement et le développement (CED), une ONG camerounaise, a dénoncé dans un rapport publié le 13 février à Yaoundé, une concession foncière accordée à une entreprise américaine pour la culture du palmier à huile au Cameroun, redoutant une catastrophe écologique.
Dans son rapport, intitulé Le treizième travail d’Héraklès ? Étude sur la concession foncière de la SGSOC dans la région du Sud-Ouest Cameroun, le CED dénonce le projet de création par la compagnie SG Sustainable Oils Cameroon PLC (SGSOC) d’une plantation de palmiers à huile dans le sud-ouest du Cameroun qui sera une « véritable catastrophe écologique ».
Rappel des faits. Le 17 septembre 2009, SGSOC a signé un contrat avec le gouvernement camerounais pour la mise sur pied d’une grande plantation industrielle de palmiers à huile et d’une raffinerie. La SGSOC est détenue à 100% par l’entreprise américaine HéraklèsFarms.
Le Cameroun octroie donc à SGSOC une concession foncière de 73 086 hectares pour un bail foncier de 99 ans où la compagnie envisage de produire annuellement 400 000 tonnes métriques d’huile de palme brute (issue du fruit du palmier) et 40 000 tonnes métriques d’huile de palmiste, (issue de l’amande de noix de palme).
Ce que dénonce le CED, c’est le loyer de cette concession particulièrement bas, soit 1$ US par hectare et par an pour les terres mises en valeur et 0,50$ US pour les terres non mises en valeur. De plus, le projet est exonéré des droits de douane sur toute sa durée et bénéficie d’un régime fiscal très avantageux pour l’investisseur.
Par ailleurs, le site de ce projet, qui se trouve dans les départements du Ndian et du Koupe-Manengouba au sud-ouest du pays, à proximité de quatre aires protégées, va interrompre la protection et la croissance de la faune sauvage, souligne l’ONG.
Bien que générant 7500 emplois selon la SGSOC, le projet va déplacer économiquement près de 25 000 cultivateurs de la région. Le contrat de la SGSOC exige en effet que l’entreprise embauche 80% de main d’ouvre camerounaise pour ce projet pendant cinq ans. Toutefois, si la SGSOC ne peut atteindre cet objectif, elle devra se justifier mais ne fera face à aucune pénalité.
Samuel Nguiffo, co-auteur du rapport et responsable du CED, a lui dénoncé un contrat illégal et au-dessus des lois camerounaises, demandant au gouvernement de revenir sur celui-ci et d’imposer un moratoire sur l’attribution de nouvelles concessions foncières.
Mais le gouvernement du Cameroun espère au contraire développer davantage le secteur de l’huile de palme à l’échelle industrielle notamment en attirant les investisseurs étrangers. Il a récemment cédé de grandes parcelles de terre près de Kribi (dans le sud du pays) à Goodhope Asia Holdings Ltd pour une plantation de palmiers à huile pouvant produire entre 20 000 et 30 000 tonnes métriques par an.
L’huile de palmier est surtout utilisée par l’industrie agroalimentaire, dans les cosmétiques et les agro- carburants.