Élections Québec 2012: Et après?
Mardi soir, pour tourner la page de l’ère Charest, j’ai rallié le studio d’un ami, notre QG où nous avons l’habitude de festoyer entre amis et en famille.
Aux alentours de 20 h, on était une dizaine à suivre le déroulement de la soirée. Les premiers résultats tombaient au compte-goutte. Une partie des prévisions se concrétisait. Le PQ arrivait en tête et, surprise, le Parti libéral le talonnait de très près.
Vers 21 h, le temps d’une courte escapade à CIBL pour commenter la campagne électorale, là, on a annoncé que Pauline Marois dirigerait un gouvernement minoritaire. Une heure après, de retour auprès de mes amis pour clôturer notre soirée, la tendance s’est maintenue.
Alors, comment un parti usé par neuf ans de pouvoir et des scandales à la pelle a-t-il pu s’en sortir presque indemne? Comment un gouvernement aussi controversé est-il resté à flot, même s’il a provoqué la colère de notre rue et laissé survenir le printemps érable? Est-ce possible que la corruption, la collusion et les passe-droits n’émeuvent pas les 1 361 618 de Québécois qui ont voté libéral?
Là, la maman de notre hôte, âgée de 70 ans, une Québécoise d’origine chilienne qui en a vu des vertes et des pas mûres nous a interpellés! Elle nous a conté qu’à l’âge de neuf ans, elle avait été embarquée par ses parents dans la longue lutte qui avait mené le socialiste Salvador Allende au pouvoir! Elle nous a raconté comment elle avait perpétué le combat avec son fils sur les épaules pour fêter l’arrivée au pouvoir des socialistes. Elle nous a aussi expliqué comment le rêve avait été brisé abruptement par un coup d’État militaire. Des membres de sa famille ont été liquidés et d’autres emprisonnés par les forces de Pinochet. Ainsi, elle s’est retrouvée avec d’autres Chiliens exilés au Québec.
Ironiquement, pour la doyenne de notre soirée, son Chili natal se bat encore aujourd’hui, 40 ans après. Elle suit d’ailleurs sur l’internet le soulèvement des étudiants chiliens qui a coïncidé avec le printemps des étudiants québécois!
Certes, pour la bonne dame, au-delà des clivages politiques, avec la première femme qui est devenue première ministre, il y a de quoi être fier au Québec. Toutefois, après nos processions printanières des casseroles et le résultat mitigé du scrutin de cette soirée, que faut-il faire? Faut-il retourner tout bonnement à la maison et s’installer dans sa routine? Non, nous a-t-elle intimé. Le combat pour la dignité et la justice est un combat de tous les instants pour protéger nos richesses contre la convoitise des requins de la finance et éviter leur privatisation pour des clous comme au Chili et ailleurs, où l’argent enterre les peuples!
Tout à coup, la télé nous a projeté en direct l’attentat qui a gâché notre soirée et celle de tous les Québécois. Nous avons tous hurlé : «Non, pas ici!»
Une fois l’effet de surprise passé, on s’est ressaisis. Comme l’a si bien résumé notre hôte, même si le drame de ce mercredi est l’œuvre d’un solitaire fou, il faut rester vigilant. Cette aberration ne doit pas nous diviser. C’est le temps d’être au-dessus de toutes les partisaneries. Cette nuit, on n’est pas que des péquistes, des libéraux, des caquistes ou autres séparatistes et fédéralistes. Avant tout, nous sommes tous des Québécois.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro