Gilles Surprenant, l’ingénieur tout-puissant
Le témoignage de Gilles Surprenant se poursuivra cette semaine avec l’analyse de 90 contrats municipaux sur lesquels il a touché des pots-de-vin d’entrepreneurs. La commission tentera de comprendre comment un ingénieur à la Ville a pu jouer un rôle clé dans le cartel d’entrepreneurs.
M. Surprenant a apporté des éléments de réponse, au cours de son témoignage jeudi dernier. De 1976 à 1987, l’ingénieur était le seul responsable de la conception des plans, des projets d’égout et conduites d’eau secondaire. À partir de 1987, la responsabilité de devis lui a aussi été attribuée.
M. Surprenant était le seul à pouvoir dire à la Ville quel genre de travaux devaient être faits et surtout combien il croyait que cela coûterait. «Vous étiez pas mal roi et maître, là, dans votre département, à la conception», lui a demandé Me Gallant, procureur de la commission. «Effectivement, j’étais à peu près le seul qui s’occupait des projets d’égouts et d’aqueduc, dans ce temps-là», a répondu M. Surprenant.
Cette concentration du pouvoir a rendu la Ville vulnérable et le cartel n’a pas tardé à exploiter cette faiblesse.
C’est ainsi qu’en 1991, M. Surprenant a permis qu’un contrat sur une conduite d’eau évalué à 250 000$ soit révisé à la hausse.
Le plus bas soumissionnaire sur cet appel d’offres était Franck Catania. Il avait soumissionné à 500 000$. M. Surprenant aurait pu modifier le contrat et refaire l’appel d’offres. Au lieu de ça, M. Catania l’a convoqué et l’aurait convaincu en l’intimidant de faire «passer» le contrat à son prix.
Faire approuver cette hausse a ensuite semblé une formalité. M. Surprenant a simplement ajouté au dossier que des difficultés techniques avaient été sous-évaluées, modifiant l’évaluation préliminaire du budget. «Votre boss a acheté ça?», a questionné Me Gallant. Ce à quoi l’ex-ingénieur a répondu: «Bien, il l’a signé, en tout cas. Oui.» Quelques semaines plus tard, M. Catania a récompensé M. Surprenant avec une enveloppe contenant 4000$.
Le stratagème s’est répété auprès de plusieurs entrepreneurs qu’à la retraite de l’homme, en 2009. L’ex-ingénieur a même acquis avec les années un surnom dans le milieu. Lino Zambito avait témoigné que Gilles Surprenant était connu sous le nom de M. TPS, pour Taxe pour Surprenant. M. Zambito affirmait devoir verser 1% de la valeur de ses contrats obtenus auprès de la Ville à Gilles Surprenant.