Nous sommes tous des rois
Maudite grève! Tous ces étudiants qui lisaient ma chronique les lundis. Là, je dois avoir moins de lectorat, donc moins de fans potentiels. Et ça, c’est moins de revenus, et la construction de mon château en chocolat qui prend du retard. Damn you!
Depuis quelques jours, j’ai lu les opinions des deux camps. Des extrémistes, des nuancés, des grandes déclarations de «On est ben moins pires qu’aux States!» et «Ouin, mais au Danemark, sont mieux.» Y a des détails financiers qui pèsent des deux côtés. J’entrerai pas là-dedans, je n’ai pas mes pommes pour calculer.
Mais personnellement, quand vient le temps de se comparer, j’ai un penchant. Dans un débat sur une faille x dans la société, se comparer à pire pour rationaliser, je trouve que c’est un peu une attitude de perdant, de surplace, de lâche. Ce qui m’intéresse c’est «y a-tu mieux»? Oui? Comment on fait pour l’avoir? Si je m’étais contenté d’une O’Henry en me disant que c’est mieux qu’une Crunchy, j’aurais jamais goûté au Lindt. Et mon château serait en O’Henry. Gâchis.
Les deux bières par semaine. Celle-là, je l’ai rie. Jaune, mais j’ai ri. Arielle Grenier, une des porte-parole du Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec, a sorti : «En coupant deux bières par semaine, les étudiants réussiraient à absorber la hausse.» Ça, c’est avoir du front tout le tour du cul. Deux bières pour absorber la hausse… et si on parlait de ce qui pourrait absorber la baisse? Environ 10 ans de guerre en Afghanistan? Une bureaucratie lourde mangeuse de cash comme Obélix mange du sanglier? Le salaire à vie du fabuleux poste de gouverneur- général gérant de l’usine de
Sa Majesté?
La frustration ne vient pas de devoir en donner plus, ça vient du gaspillage systématique à coups de centaines de milliards de ce qu’on donne déjà. Arielle, tu dirais quoi si t’habitais chez moi, en location dans une chambre? Cinq cents dollars par mois, tout inclus avec la bouffe. Puis, j’arrive un mois et je te dis que ça va être 800 maintenant. Tu me demandes pourquoi. Je te réponds : «Tu sais, les putes, la coke, mon château en chocolat aux îles Fidji, tasser les Fidjiens de là, faut que ça se paye. Mais tsé, tu coupes deux bières par semaine et t’arrives facile. Au pire, vends ton iPhone.»
Le savoir est le pouvoir. À l’époque du sang royal, c’était limpide. Les enfants royaux avaient les meilleurs scientifiques, philosophes, historiens, maîtres d’armes à leur disposition. Même le plus paresseux des princes finissait plus éduqué que le fils de forgeron motivé. C’était pas un don dans son sang, c’était un don dans sa tête.
Une société éduquée est une société royale. Si le gouvernement ne fait pas tout en son pouvoir pour éduquer le peuple, c’est qu’il veut garder le trône pour lui seul.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.