Content de payer des impôts

«Attends de payer des impôts!», je l’ai souvent entendu. Toujours bien placé entre un «Patrick Roy c’t’année est moins solide.» et «As-tu regardé Surprise sur prise hier?» Les deux dernières citations s’adressaient aux adultes autour de la table; la première à moi. Le ti-cul. Le tout cuit dans yeule. Le chialeux pour rien. Le pas payeur d’impôts.

Souvent, c’est comme ça. Quand t’es un enfant, un jeune ado. Tes problèmes ne sont pas des problèmes. Ta peine, c’est d’la pépeine. Ton stress, c’est de l’over dramatisation. Tes peurs, ton imagination. Tes frustrations, de la fatigue. De l’intimidation, des guéguerres de gamins. Tout est du niaisage. Parce qu’on le sait, la vraie vie, la vraie souffrance, c’est de payer des impôts. C’est être responsable.

On déteste être responsable. On en veut presque aux jeunes de nous forcer à être responsables. On veut qu’ils passent au plus vite de l’âge «adulte» à l’âge responsable. Où du jour au lendemain, outils ou pas, welcome to the machine. En attendant, dérange-nous pas trop avec ta pépeine.

C’est vrai que c’est bien de dédramatiser. C’est même essentiel. Comme là, y serait temps que j’écrive une légèreté. C’est un peu lourd pour un lundi matin. Pète et Répète sont en bateau, Pète tombe à l’eau. Qui reste? Répète et les 1 200 autres passagers du bateau de croisière qui sont en maudit après Pète parce qu’à cause de lui le show de jongleurs de cochons d’Inde est annulé. Donc, dédramatiser c’est bien. Mais avec les jeunes, on banalise plus qu’on dédramatise.

On dit aimer les enfants. J’ai l’impression qu’on aime plus l’enfance. On est nostalgique de notre propre enfance. On aime les enfants comme on aime écouter nos vieilles tounes, voir nos vieux films. Parce que ça nous rappelle le bon vieux temps. Le bon vieux temps où nous-mêmes on était des enfants. Où la vie n’était que plaisir et rêve. Avant que la vie devienne responsabilité. Avant que la vie devienne impôt. Une fois ados, on s’en sacre. Sont plus cutes. Sont gossants. L’outil à nostalgie est désuet.

Je sais que c’est gros, que c’est large. Qu’il y a place à la nuance. Mais les résultats sont là. Les crises sont là, le décrochage est là. Les Marjorie sont là. Nos jeunes sont laissés à eux-mêmes.

«Les jeunes aujourd’hui!» Les jeunes aujourd’hui, c’est nous autres hier. Si on devient de meilleures personnes aujourd’hui, nos jeunes seront de meilleures personnes demain. Dans le fond, c’est ça le problème. C’est pas qu’on laisse aller nos jeunes, c’est qu’on se laisse aller. Mais on a le droit, on paye des impôts…

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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