Où va l’Égypte?

Vous êtes assis confortablement dans votre salon, et la télé vous dit que les Frères musulmans sont une organisation fasciste et terroriste, et que les militaires vont sauver la démocratie. La mascarade.

Si en 60 ans de pouvoir absolu les militaires n’ont réussi qu’à s’enrichir et à appauvrir la majorité du peuple égyptien, comment peuvent-ils se transformer en apôtres de la vertu?

L’armée égyptienne compte presque 700 000 soldats auxquels il faut ajouter le million et demi de forces de l’ordre de la police et des différentes branches des services secrets qui se surveillent les uns les autres tout en quadrillant le pays!

Cette armée riche et puissante a instauré un état d’urgence sous Sadate en 1967, que Moubarak a maintenu jusqu’à sa chute. Un régime antidémocratique où la corruption et la brutalité policière permettaient à l’État de censurer les journaux et d’enfermer et de torturer n’importe qui pour une durée illimitée.

La mainmise sur le pays de cette junte de presque deux millions d’âmes profitait aux hauts gradés qui siphonnaient l’aide militaire américaine et étrangère. Une manne qui avoisinait les 4 G$ annuellement. Le pactole!

Depuis les années 1970, dans une sorte de capitalisme barbare, les hauts gradés égyptiens contrôlaient des pans entiers de l’économie du pays. Et les privilèges des officiers ne s’arrêtaient pas là! Après l’armée, ils accédaient à des postes lucratifs au sein de l’administration publique. Ils étaient automatiquement catapultés gouverneurs ou dirigeants de lucratives entreprises publiques au pays.

Du coup, les hauts gradés de l’armée, de ses bras sécuritaires et de l’establishment jouissaient d’un statut de nababs en Égypte. Moubarak n’a été qu’un comparse.

Sa chute n’a pas signifié la fin du régime antidémocratique de rente et de corruption.

Dans un jeu de dupes, les militaires égyptiens claironnent vouloir éradiquer les Frères musulmans. Veulent-ils plutôt défendre leur butin?

En un demi-siècle de persécutions féroces contre les Frères, les présidents Nasser, Sadate et Moubarak n’ont réussi qu’à plonger la majorité des Frères dans la clandestinité. L’autre partie du groupe s’est radicalisée. En 1981, dans un attentat spectaculaire commis en direct à la télévision publique, ces radicaux ont exécuté Anouar el-Sadate lors d’un défilé militaire.

À l’époque, l’un des leaders de cette frange radicale, n’était nul autre qu’Ayman al-Zawahiri, celui-là même qui est devenu le bras droit de Oussama Ben Laden, avant d’accéder à la tête d’Al-Qaïda!

Alors, à quoi jouent les militaires en Égypte? Après la folie américaine qui a livré l’Irak sur un plateau à la nébuleuse islamiste radicale, al-Sissi et ses acolytes sont-ils en train de pousser l’Égypte dans les bras d’Al-Qaïda?

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.