La poutine de la laïcité
Même si je ne connais personnellement ni Pauline Marois, ni Bernard Drainville, je ne doute pas de leur sincérité à faire du Québec une terre prospère, généreuse et juste avec ses citoyens, ses voisins et le reste de la planète.
Hélas, le pouvoir a cette vilaine capacité de transformer un honnête citoyen en une véritable bête politique. Sans merci, la puissance force son dépositaire à penser en termes de majorité et d’accumulation de mandats!
Cloîtré dans sa salle des opérations avec sa garde rapprochée et ses stratèges, le politicien décortique les sondages et observe ses adversaires avec la malice et la froideur de Caligula.
Comme dans une guerre, les batailles se suivent, et chaque camp réévalue ses forces, et surtout ses faiblesses. Et en politique, pour déceler ses propres lacunes et anticiper les attaques, il faut déchiffrer le message de ses adversaires.
Dans le cas du Parti québécois (PQ), que disent les chefs de l’opposition? Ils sont prêts à en découdre avec Pauline Marois sur l’économie. Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Philippe Couillard, martèle que l’économie et l’emploi demeurent les principales préoccupations des Québécois. La Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault se positionne, quant à elle, comme le nouveau parti de l’économie. Les libéraux avaient leur Plan Nord, les caquistes ont leur Plan Sud : le Projet Saint-Laurent.
À ce que je sache, Pauline Marois ne marche pas sur l’eau et ne dispose pas de pouvoirs surnaturels pour stimuler rapidement l’économie du Québec. Elle a, en effet, hérité du bilan catastrophique de son prédécesseur et des difficultés de cinq ans de crise bancaire et boursière qui ont terrassé l’économie mondiale.
Quand le PQ sera acculé au pied du mur par ses adversaires pour déclencher des élections prématurées, s’il n’a rien à proposer dans le débat sur l’économie, il ira à l’abattoir. Alors, que faire?
Là, on comprend la manœuvre «habile» de Bernard Drainville. Il nous a sorti un lapin de son chapeau : la Charte des valeurs québécoises. En 2007, cette bataille sur l’identité n’a-t-elle pas failli mettre à la tête du Québec un parti marginal? N’a-t-elle pas aussi réduit le PQ au rôle de cancre à l’Assemblée nationale?
Si j’étais un croyant, j’y réfléchirais à deux fois avant de monter aux barricades, de sauter dans les rideaux et de déchirer ma chemise sur la place publique. Cette bataille annoncée de la Charte des valeurs québécoises n’est qu’un autre bourbier qui ne changera absolument rien au Québec. C’est un leurre. La meilleure manière d’y répondre?
Le silence.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.