Le cimetière des parapluies

Arrêt 97. Direction est, 13h15.

«Il pleut des vaches mortes!» dirait l’ami Richard pour qualifier une averse de cette intensité. En fait, ce n’est pas de la pluie; c’est un mur d’eau poussé par des bourrasques plus énergiques qu’un spectacle heavy métal.

Nous sommes cinq à l’arrêt.  Outre votre humble détrempée, un monsieur d’une soixantaine d’années a sorti l’artillerie lourde : un immense parapluie de golf bleu ciel qui pourrait abriter une équipe de football en entier.

Des parents et leur fille se tiennent en grappe. Ils sont réfugiés sous deux parapluies. Un grand rouge et un autre plus petit à l’effigie d’une tête de grenouille. 

Pour ma part, je suis momifiée dans un imperméable à capuchon, ne possédant qu’un mini machin noir télescopique que je tiens ouvert pour la forme puisque dans ce climat, il est aussi performant qu’un parasol à cocktail.

Comme de fait, mon abri de fortune est le premier à être complètement retourné. Ses tiges de fer tordues sont tendues vers le ciel. On dirait un chanteur gospel. J’ai beau essayer de lui redonner sa forme initiale, rien n’y fait. Je lui fais mes adieux et le dépose doucement dans la poubelle près de l’arrêt.

L’homme abrité sous son stade de vinyle s’approche de moi et m’offre gentiment l’asile.  Ce que j’accepte volontiers.

C’est au tour de la grenouille de s’en prendre plein la gueule.  Elle s’envole au milieu de la rue.  Une voiture l’écrapoutille. Le père récupère le batracien aplati dans une flaque, et le pose aussi dans la fausse commune. La petite est déçue.  Elle croyait les grenouilles insubmersibles.

Maintenant, seuls le rouge et le bleu restent debout dans l’arène du mauvais temps. Les parents et mon hôte se dévisagent. Leurs boucliers sauront-ils les protéger jusqu’à ce qu’arrive le Sauveur? Paf! Le rouge répond à cette question en tombant au combat.   L’autobus accoste.  Nous y montons, laissant derrière nous les carcasses vert grenouille, rouge défaite et noir inutile.

Finalement, devant le gris foncé de cette tempête fâchée, c’est le bleu du ciel qui a gagné.

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