Charte de Drainville: la discrimination coulée dans le béton

Il y a quelques années, je me suis retrouvé face à une vingtaine d’employés des ressources humaines d’une grande institution financière, à Montréal. Mon défi : les convaincre d’accepter des stagiaires issus de l’immigration.

À l’époque, comme Don Quichotte, je bûchais dans les tranchées pour l’un de ces organismes communautaires qui aident inlassablement les immigrants à trouver un emploi. Nos meilleurs candidats n’arrivaient pas à décrocher un stage. Leur défaut? L’islam.

Dès l’ouverture de la rencontre, une gestionnaire m’a interpellé : «Pourquoi nous proposez-vous ces immigrants et pas nos Québécois?» J’aurais pu expliquer à mon interlocutrice les conséquences du double choc démographique sur le renouvellement de la main-d’œuvre au Québec. Mais ça n’en valait point la peine.

De retour chez moi, un appel téléphonique que j’avais reçu auparavant est revenu me hanter. C’était une amie d’origine européenne. Elle travaillait pour une grande agence de recrutement. À l’autre bout du fil, elle m’a hurlé : «Tu ne vas pas en revenir. Nous nous apprêtons à embaucher des informaticiens pour le compte d’une compagnie de consultants réputée. À l’instant, je sors d’une réunion d’équipe. Notre superviseur a été catégorique, pas de Maghrébins ni de Noirs. Ce sont les ordres de notre client.»

D’autres cas de ce type de discrimination ont été documentés lors des audiences de Bouchard-Taylor. Et les chiffres officiels le prouvent. Depuis 2008, au Québec, bon an mal an, le taux de chômage oscille entre 7 % et 10 %. Pour les nouveaux arrivants, ce taux double  (18 %). Les Maghrébins sortent du lot. Leur taux de chômage dépasse les 28 %.

Quant à la fonction publique du Québec, à la fin des années 1990, la représentation des immigrants dans les rangs de ce plus grand employeur de la province ne dépassait pas les 2,5 %. On a déployé des moyens énormes pour corriger cette situation. Dix ans après, ce taux a frappé le mur du 3,7 %.

Les Maghrébins du Québec sont déjà ostracisés sur le marché du travail. Les femmes comme les hommes, même si ces derniers ne portent aucun signe religieux, ni petit, ni ostentatoire. Francophones et hautement scolarisés, pourtant, ces Québécois sont injustement discriminés à cause de leur croyance. Certes, il leur faut plus de 10 ans de résistance pour retrouver une normalité sur le marché du travail, mais à quel prix?

Selon moi, avec la charte de Drainville, même ceux qui éprouvaient une petite gêne, ils vont se lâcher pour discriminer les Maghrébins et les autres musulmans. Cette secousse sociale, personne ne saura prédire l’ampleur exacte du séisme social qu’elle déclenchera.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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