Cochez oui, cochez non
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je m’ennuie parfois du temps où les relations amoureuses étaient sans conséquences.
Vous vous souvenez du primaire? Vous n’aviez qu’à cocher oui à côté de la question «veux-tu être ma blonde?» écrite sur le bout de papier que votre voisine de bureau vous avait passé en riant, et que le joli brun de derrière avec des broches lui avait donné en rougissant. Cocher oui ne revêtait alors pas une importance capitale. Cocher oui à l’époque, c’était dire oui à un bec mouillé, et peut-être à un slow collé.
Au secondaire, quand vous aviez embrassé dans un party le gars dont vous tapissiez de son nom votre agenda, et que le lundi suivant, vous vous teniez la main dans l’allée des cases, vous vous engagiez déjà à un peu plus. Peut-être est-ce avec lui que vous alliez assister au bal des finissants, et peut-être est-ce avec lui que vous alliez perdre votre virginité. Et peu importait si c’était le bad boy de l’école. Ce n’est sûrement pas avec lui que vous alliez faire votre vie!
Au cégep et à l’université, les choses se corsaient un peu plus si vous étiez en couple. Il fallait prendre des décisions importantes concernant votre avenir. Si vous décidiez d’aller étudier dans une autre ville que celle où habitait votre nouvel amoureux, il fallait décider si votre relation valait la peine que vous vous tapiez des allers-retours Québec-Montréal tous les week-ends.
Si, à l’époque, vous vous torturiez déjà l’esprit et pesiez les pour et les contre d’une relation à distance, cela n’était que de la petite bière comparativement à la pression que vivent aujourd’hui les célibataires qui n’ont pas encore trouvé l’âme sour à l’orée de la trentaine.
C’est comme si aujourd’hui, cocher oui, scellait notre destin à jamais. C’est comme si en cochant oui, on cochait oui pour les bébés, la maison, la routine. On se dit alors qu’on n’a pas le droit à l’erreur, et on attend de trouver le bon pour qui on sera capable de cocher oui les yeux fermés. Donc, on attend, on attend, et les années passent, et on est toujours célibataire, car on ne veut surtout pas se tromper. Si on coche oui et qu’après quelques années la relation dans laquelle on s’est investie ne fonctionne pas? On se retrouvera alors de nouveau célibataire; on sera revenue à la case départ, et tous les bons partis auront déjà coché oui.
Alors, on se dit qu’on est mieux d’attendre pour être certaine de notre choix. Mais est-ce qu’on peut un jour être sûre et certaine qu’on a coché dans la bonne case? J’imagine que quand on dit «Oui, je le veux», on l’est…
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