Une raison de plus
La publication du dernier rapport scientifique de Greenpeace sur la forêt boréale arrive à point pour éclairer le débat sur la gestion forestière au Québec. Le gouvernement a en effet entamé le processus de modernisation du régime forestier. Mieux vaut tard que jamais n’est-ce pas? Toujours est-il qu’il souhaite adopter des politiques qui correspondent mieux aux réalités d’aujourd’hui…
Voici donc des données qui devraient l’inspirer, car qui dit «réalités d’aujourd’hui», dit lutte aux changements climatiques et nous verrons que la forêt boréale n’y échappe pas. Selon les données recueillies par les chercheurs de l’Université de Toronto, l’exploitation de la forêt boréale au Canada retire 36 millions de tonnes de carbone de l’écosystème, ce qui représente plus que le carbone produit annuellement par tous les véhicules légers au pays. De plus, les coupes forestières réduisent la résilience de la forêt aux impacts du réchauffement climatique, comme l’augmentation des feux de forêt. Ces répercussions créent à leur tour de nouvelles émissions de GES, entraînant un cercle vicieux où le réchauffement dégrade la forêt qui, une fois dégradée, augmente le réchauffement.
Le constat ne s’arrête pas là… D’après les auteurs, 84 % du carbone de la forêt boréale est emmagasiné dans le sol. Pas dans les arbres. Ainsi, une fois les coupes forestières effectuées, le sol forestier continu pendant plusieurs années à émettre des émissions de GES.
Dans ce contexte, la protection des grandes zones de forêt boréale intacte – celles qui sont encore dans leur état naturel – revêt une importance capitale. Ces vastes territoires composés d’arbres matures, abritant des espèces variées, sont beaucoup plus aptes à récupérer et à résister aux conséquences du réchauffement que les forêts déjà exploitées. De plus, comme ces forêts renferment trois fois plus de carbone que les forêts secondaires, pas besoin de vous dire que si nous voulons éviter une explosion de carbone, nous devons les mettre à l’abri des coupes.
Donc, si le gouvernement veut rester cohérent avec sa politique de lutte aux changements climatiques, il doit, dans son nouveau régime, assurer une meilleure protection des forêts intactes.