Pétrolières et ressources naturelles: les loups dans la bergerie
Les pétrolières seront des commanditaires importants de la réunion des ministres canadiens de l’énergie, qui se tient à
partir de ce matin à Kananaskis, en Alberta! Cette rencontre annuelle regroupe le ministre fédéral de l’énergie ainsi que ses collègues des provinces et des territoires. L’industrie pétrolière défrayera près du tiers des coûts de la conférence, soit
180 000 $ sur une facture totale estimée à 600 000 $!
Le réseau anglais de Radio-Canada, CBC, nous apprend que les 180 000 $ de l’industrie serviront à commanditer une visite des exploitations des sables bitumineux de Fort McMurray. La belle affaire! Les exploitations de Fort McMurray sont précisément celles où, récemment, 1 600 canards migrateurs sont morts, contaminés par les déchets toxiques que rejettent les installations pétrolières. Un juge de l’Alberta a même déclaré la compagnie Syncrude coupable dans ce dossier.
Une étude publiée dans les prestigieux Proceedings of the National Academy of Sciences (États-Unis) a révélé en 2009 que la concentration de produits chimiques toxiques dans l’eau est 50 fois plus élevée en aval des installations pétrolières qu’en amont. Un groupe de scientifiques a même récemment conclu que les services gouvernementaux n’essayaient même pas de déterminer si l’industrie polluait ou non l’eau de la région!
Les ministres auraient mieux à faire que de visiter ce que d’aucuns qualifient de «plus grand désastre environnemental au monde». Ou, s’ils y tiennent, ils pourraient demander aux écologistes d’organiser cette visite. Ils seraient également bien avisés d’aborder la question des subventions que le pays accorde aux richissimes pétrolières; bon an, mal an, c’est plus de 1 G$ de l’argent des contribuables canadiens qui est offert aux «pauvres pétrolières», sous forme d’exemptions fiscales ou
d’incitatifs de toute sorte. Qui plus est, le gouvernement canadien viole l’engagement, pris au G20 en 2009, d’éliminer ces subventions.
En 2009, à l’échelle planétaire, les subventions aux énergies fossiles ont totalisé 312 G$, contre à peine 57 G$ pour les énergies renouvelables. De passage à Québec, l’ex-première ministre norvégienne Gro Harlem Bruntland a déclaré au journal Le Soleil : «Le développement durable planétaire sera en péril aussi longtemps que les pays riches, dont le Canada, subventionneront l’industrie pétrolière.»