G20: Le Canada donne suite à sa promesse de Copenhague?
Steven Guilbeault est à Toronto à l’occasion du G20. Il nous présente chaque jour ses réflexions.
Il fallait s’y attendre. Après avoir fait la sourde oreille aux demandes de plusieurs leaders mondiaux allant du secrétaire général des Nations unies Ban ki-Moon, le président mexicain Felipe Calderon, le nouveau premier ministre britannique David Cameron et plusieurs autres, le premier ministre Harper a changé son fusil d’épaule et a annoncé que la question des changements climatiques sera à l’ordre du jour des rencontres du G8 et du G20.
Quelques jours avant ce revirement, M. Harper qualifiait cette question de «distraction» (sideshow en anglais). Comme me le disait un diplomate étranger la semaine dernière, maintenant que c’est à l’ordre du jour, le Canada devra annoncer quelque chose avant ces rencontres afin de ne pas perdre la face.
C’est précisément ce que le ministre de l’Environnement, Jim Prentice, a fait il y a deux jours en annonçant que le Canada fournirait une aide de 400 millions $ aux pays en voie de développement afin de faire face au défi des changements climatiques. C’est à Copenhague que les pays riches se sont engagés à fournir une aide de 30 milliards $ d’ici 2012 et la part du Canada se chiffre autour du montant annoncé par le ministre.
Vous vous dites probablement qu’il s’agit là d’une bonne nouvelle…
Hélas, en conférence de presse, le ministre a refusé de préciser s’il s’agissait d’argent additionnel à l’aide au développement. Est-ce que le gouvernement Harper s’apprête à "déshabiller Pierre pour habiller Paul", c’est-à-dire est-ce que les montants que le ministre a annoncés proviennent de budgets qui étaient déjà destinés à l’aide au développement? Va-t-on forcer les pays pauvres à choisir entre des programmes en santé et en éducation ou d’autres pour la lutte aux changements climatiques?
L’annonce du ministre Prentice pourrait constituer un pas dans la bonne direction pour le Canada dans un dossier où il en a bien besoin. Mais pour que cela soit le cas, les montants annoncés en changements climatiques doivent être additionnels à ceux destinés à l’aide au développement, comme l’entente de Copenhague le stipule. Au Canada de nous le confirmer.