Héberger les enfants pour soulager les parents
Il y a trois ans, Josée Fortin reçoit l’appel d’une amie.
« Elle était à bout de nerfs. Elle m’a dit qu’elle allait jeter son bébé par-dessus la galerie, tellement elle n’en pouvait plus. Et là, je vous parle d’une Superwoman; une infirmière, maman de trois enfants. Cela prouve que tout le monde peut être concerné à un moment », explique la directrice de la Maison Kangourou.
Accessible 24h/7, la maison d’un étage permet d’accueillir jusqu’à 15 enfants, âgés de 0 à 12 ans, sur une période n’excédant pas 15 jours, le temps d’offrir un répit aux parents.
Selon Mme Fortin, l’affaire Guy Turcotte a levé le voile sur la détresse des familles, dans toutes les couches de la société.
« On a eu un cas où le parent a appelé lui-même la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pour expliquer qu’il n’en pouvait plus. Mais ce n’était pas un mauvais parent pour autant. Il n’avait rien fait de mal à son enfant, il voulait juste sonner l’alarme. Le problème, c’est que la DPJ ne pouvait rien faire dans ce cas », raconte Mme Fortin.
La directrice convient que se substituer aux parents peut sembler étrange.
« Le problème, c’est que de nos jours, les parents ont de moins en moins de famille proche sur qui compter. Avant, on avait des familles de 20 enfants, mais il y avait toujours un oncle ou une tante au coin de la rue pour aider. Les familles immigrantes sont encore plus touchées, car elles n’ont personne ici », plaide la directrice de l’organisme.
Poser les fondations de la Maison
Face à un manque dans le système de santé et de prise en charge des enfants, Mme Fortin a décidé de lancer un projet pilote en 2011; le premier du genre au Québec et même au Canada. Au bout d’un an, la liste d’attente était déjà longue.
L’étape suivante a été la recherche d’un lieu permanent pour accueillir les enfants.
« Nous avons regardé partout à Montréal. Finalement, c’est une communauté religieuse qui a bien voulu nous louer ses locaux. Nous avons pas moins de 125 bénévoles qui nous ont aidés à tout rénover », indique Mme Fortin.
C’est au 6875, rue Sherbrooke Est, dans Mercier-Ouest, que l’organisme a inauguré ses locaux, il y a deux semaines.
Rechercher du financement
Une journée à la Maison Kangourou coûte autour de 90 $.
« La facturation se fait au cas par cas, et en fonction de l’avis de cotisation des parents, explique Mme Fortin. On en discute avec eux. Il faut bien comprendre que nous sommes un centre d’urgence. On intervient quand il n’y a plus d’autres solutions. Parfois, la crise dure depuis plusieurs jours. »
Pour réussir à fonctionner, l’organisme a besoin de 400 000 $ par année.
Pour le moment, le budget se compose de donations privées.
« Nous ne sommes pas appuyés par le ministère. Nous avons présenté notre projet, mais il faut des garanties. Ils veulent s’assurer que vous êtes sérieux avant de vous appuyer. En attendant, plusieurs partenaires nous épaulent depuis le début. On reçoit également des dons de nourriture, mais on ne pourra pas toujours fonctionner comme ça », lance Mme Fortin.
L’organisme est également en pourparlers pour aménager son sous-sol. Elle cherche du financement pour réaliser un plancher spécial permettant la pratique du hockey l’hiver.
Mme Fortin espère que d’autres Maisons Kangourou pourront ouvrir ailleurs au Québec.
En attendant, l’organisme va continuer à se faire connaître avec l’aide de l’actrice et animatrice Édith Cochrane, qui a accepté d’être la porte-parole de cette première Maison Kangourou.