Des syndiqués remettent en question leurs méthodes de travail

Anxiété, stress et démotivation, l’optimisation des services par la quantification des interventions au CSSS de la Pointe-de-l’île (communément appelée la méthode Toyota) n’a pas que des effets bénéfiques, estime le Syndicat des travailleuses et travailleurs du CSSS de la Pointe-de-l’île qui s’inquiète de ses effets sur le personnel.

Implantées depuis octobre 2010, par la firme Proaction, les nouvelles façons de faire sont remises en question. Des syndiqués ont d’ailleurs manifesté leur mécontentement la semaine dernière. Dans une enquête-terrain menée par le syndicat, plusieurs employés affectés au soutien à domicile ont livré des témoignages alarmants.

« C’est rendu que lorsque je vais chez un client, même si celui-ci révèle une situation difficile qui exigerait de la compassion et du temps, je suis concentrée sur le temps qui me reste pour être à jour et atteindre ma cible quotidienne », de révéler une participante.

Dans la nouvelle méthode mise en place, changer un pansement, donner un bain, se rendre d’un client à l’autre, tout doit être fait dans une période donnée. Les employés ont l’impression que les clients – terme qui remplace celui d’usager – ne sont plus que des numéros.

Une employée raconte que lorsqu’elle se rendait chez l’un de ses clients, celui-ci l’attendait nu afin d’être en mesure de rencontrer le temps alloué pour donner un bain et respecter les quotas établis.

« Lorsqu’il y a de la congestion routière, c’est difficile de pouvoir rencontrer quatre clients par jour. Même chose lorsqu’un client est confus, qu’il a une mauvaise journée ou qu’il a tout simplement envie de discuter. Il faudrait que l’employé coupe court aux discussions pour respecter ses quotas. On assiste à une véritable dépersonnalisation des soins. Ça n’a pas de sens », souligne Nicole Daniel, présidente du syndicat.

Le taux de roulement du personnel et l’absentéisme dans une équipe en particulier a de quoi inquiéter la présidente : 15 départs depuis juin 2012, dont cinq personnes rejointes ont confirmé que le motif de leur départ ou de leur absence-maladie était lié à l’organisation du travail et au style relationnel de leur gestionnaire, révèle l’enquête du syndicat.

Luc Bastien, vice-président régional à la Fédération de la santé et des services sociaux – CSN, demande un moratoire sur la mise en place de telles méthodes d’optimisation pour prendre le temps d’évaluer la situation et mieux organiser les services.

Des résultats probants

Depuis sa mise en place, la méthode d’optimisation a donné des résultats qui ravissent la direction du CSSS de la Pointe-de-l’île.

Mathilda Abi Antoun, directrice à la direction du soutien à l’autonomie des personnes âgées au CSSS de la Pointe-de-l’île, est convaincue que ce virage était nécessaire et que ce sont les clients qui en sont les gagnants.

« En 2011, nous avions 1300 clients sur notre liste d’attente et aujourd’hui, ils sont 520. Ça représente une diminution de 60 %.

« Le nombre de plaintes a également diminué de 50 % par rapport à 2011.

« Un sondage mené auprès de notre clientèle fait état d’un taux de satisfaction de 91 % des clients », affirment-elle.

La directrice ne voit que du positif dans la nouvelle réorganisation du travail du CSSS de la Pointe-de-l’île.

« L’optimisation des services mise en place par Proaction est une formule flexible. Le temps accordé pour chaque soin dispensé est un ordre de grandeur sur lequel s’appuyer. »

En optant pour cette méthode de gestion, l’objectif du CSSS était de se concentrer sur les tâches très terrain, celles qui ont une valeur ajoutée pour la clientèle. Et à ce chapitre, les résultats obtenus parlent d’eux-mêmes, selon Mme Abi Antoun.

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