Magnotta et Turcotte vus de Téhéran
Imaginez-vous un instant bien installé dans votre salon à Téhéran, en Iran. Pénard, vous sirotez votre café en écoutant la version persane d’une émission à la sauce Richard Martineau qui déblatère contre l’autre.
Là, au détour de ses sarcasmes sur le monde occidental, l’ayatollah-animateur Martineau vous balance coup sur coup deux nouvelles bizarres. En premier, il vous informe qu’au Québec, une province du Canada, vous le savez, ce pays nordique perché au-dessus du grand Satan, l’Oncle Sam, eh bien, dans ce pays de mécréants, il est facile de tuer ses enfants et d’être libre comme l’air. Quoi? Oui, oui, là-bas, pour écœurer son épouse, il suffit de poignarder ses enfants à mort, avec rage et sauvagerie, de simuler un suicide en ingurgitant du liquide lave-glace et de plaider la folie passagère.
Le faiseur d’opinions perse vous lancera avec immense plaisir que c’est ça l’Occident et que c’est comme ça que ce tueur de Guy Turcotte a été reconnu non criminellement responsable des gestes qu’il a commis en raison de ses présumés troubles mentaux.
Avant de vomir votre café matinal, car vous n’en revenez pas de cette absurdité, le Martineau iranien va vous en conter une autre drôle de nouvelle. Dans cette même province de débiles, un jeune dépravé du nom de Magnotta a racolé un Asiatique sur le net. Après avoir «forniqué» avec lui, il l’a drogué avant de le zigouiller et de le dépecer. Une fois son crime affreux terminé, en guise de trophée, il a mis les fringues de sa victime, a jeté son tronc dans les vidanges et a envoyé par la poste certains restes de son corps au premier ministre du pays et à une école.
Et ce n’est pas fini. L’animateur populiste perse en rajoute. Il vous balance que ce «dépeceur de Montréal» a d’abord fui en Europe avant d’être arrêté en Allemagne. Pour éviter la prison, ce Magnotta en question a plaidé la schizophrénie. Et dites-vous bien, il a beaucoup de chance de s’en sortir avec le verdict de non criminellement responsable, en raison de sa schizophrénie.
Royalement désinformé, vous terminez votre café en vous disant, mais quel pays de fou que ce Canada et heureusement que vous êtes Iranien au pays des mollahs qui exécutent sans sourciller les criminels du type Turcotte ou Magnotta!
On est toujours aveugle face à nos propres défauts et c’est souvent l’autre, l’étranger, qui est bizarre et qu’on aime traiter avec condescendance, voire avec mépris!
«Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux», disaient les philosophes grecs, car la connaissance de soi-même est synonyme de sagesse. Elle permet à l’individu de combattre ses défauts, de développer sa personne et, au fond, de se libérer.