Réemballer la viande: une pratique courante? Je l’ai fait…
Mercredi, la nouvelle a fait mouche, envahissant en quelques clics les fils Twitter et Facebook des Québécois. Radio-Canada nous dévoilait que des épiceries trichent sur les dates d’emballage de viande et de volaille. Comment? En réemballant des viandes et en changeant leurs étiquettes pour faire croire aux consommateurs que leurs produits sont plus frais qu’ils ne le sont en réalité.
L’enquête de Julie Vaillancourt et François Mouton a été menée grâce à la collaboration d’«un boucher qui travaille chez IGA [qui] a accepté de lever le voile sur cette pratique à condition que son anonymat [soit préservé]».
Bien que choquée, je n’ai pas du tout été surprise par cette révélation. En effet, j’ai travaillé pendant quelques années, lorsque j’étais étudiante, dans la boucherie d’un supermarché. Comme emballeuse justement. La routine matinale consistait, à l’instar des supermarchés de l’enquête de Radio-Canada, à enlever les viandes du comptoir et à les réemballer, en changeant la date de l’étiquette. Bien sûr, à l’époque, je n’étais pas consciente à 100% de la procédure, c’était après tout mon premier emploi. On rafraichissait les emballages, pour enlever les «couches» imbibées de jus de viande (les papiers absorbants dans le fond du contenant de styromousse). Dans mon esprit, c’était par «esthétisme» qu’on me demandait de faire cela.
Les steaks changés par la lumière, mais encore «propre» à la consommation (selon les bouchers) se ramassaient quant à eux dans un bac pour être transformés en viande hachée.
Bien que je sois toujours demeurée dédaigneuse de la viande hachée d’épicerie après cet emploi ou que je choisisse avec précaution ma viande, bien au fond des étalage, je ne dirais jamais que c’est par mauvaise volonté que mes collègues (et moi) faisions ces réemballages.
On le faisait parce qu’on nous disait de le faire et parce qu’on l’avait toujours fait avant nous. Ainsi fonctionne le monde, non?
Naïvement, à l’époque, en 1998, je n’aurais pas cru que cette pratique était contraire aux lois fédérales et provinciales en matière de salubrité.
Je ne sais pas non plus d’où venait la recommandation. Mais quoi qu’il en soit, ce n’était visiblement pas propre à nous, ni au département de la boucherie d’ailleurs. Le boucher interrogé par Radio-Canada l’a dit: «Tout le monde le fait, tout simplement. Dans tous, tous, tous, tous les magasins que j’ai faits dans ma vie, ils le font tous.»
J’ai entendu des histoires similaires de gens ayant travaillés au rayon de la boulangerie, ainsi qu’à la poissonnerie de divers supermarchés. Avant de jeter des profit à la poubelle, on fait des petits tour de passe passe.
Le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, a promis, jeudi matin à l’Assemblée nationale, de s’attaquer à la situation et envisage même d’interdire le réemballage des viandes et des poissons.
Mais le grand problème de nos jours avec nos systèmes d’approvisionnement alimentaires, c’est qu’on ne sait absolument pas ce qu’on mange et on n’a aucun contrôle là-dessus, ou si peu. On peut faire attention et s’informer, mais même à ça… on avale et on espère que ça va bien passer.
Cliquer sur l’image pour visionner le reportage de Radio-Canada