Une boxeuse afghane aux JO de Londres

Photo: Majid Saeedi/Getty Images

C’est étonnant d’apprendre que des Afghanes pratiquent la boxe dans le pays des talibans et que l’une d’elles participera aux JO de Londres.

Pour vous mettre en contexte, l’Afghanistan a été pratiquement en guerre depuis la fin des années 1970. Durant l’ère des talibans, de 1996 à 2001, les filles n’avaient pratiquement pas le droit de sortir de la maison où d’aller à l’école. Sinon, un châtiment sévère les attendait. On a toujours en mémoire les images atroces de femmes battues, voire exécutées publiquement dans l’enceinte même du stade de Kaboul.

À l’ère du président Hamid Karzaï mis en place par les Américains, l’aide internationale a permis à des filles de fréquenter pour la première fois l’école et de pratiquer un sport.

Ainsi, l’équipe féminine de boxe a été mise en place par le Comité olympique afghan en 2007. Elle compte dans ses rangs plus d’une vingtaine d’athlètes entraînées par Mohammad Saber Sharifi, un ancien boxeur afghan qui a vu sa carrière brisée à cause de la guerre à la fin des années 1970.

Les boxeuses afghanes s’entraînent dans des conditions rudimentaires, mais elles le font au moins au même stade que les talibans avaient transformé en lieu d’exécution sommaire, comme pour laver l’affront qu’ont subi leurs consœurs.

Ce qui est étonnant, c’est que les filles qui ont choisi la boxe ont été encouragées par leurs parents. Néanmoins, leur réalité n’en demeure pas  plus facile.

Il y a plus d’un an, après la participation des boxeuses à une compétition en Vietnam où Shahla Sikandary a gagné une médaille, la télé afghane leur a consacré un reportage et du coup les boxeuses sont devenues des visages publics.

L’entraîneur a avoué qu’un jour il s’est fait accoster au centre-ville de Kaboul par un barbu qui l’a insulté et menacé parce que c’était inadmissible d’entraîner des filles à la boxe. L’entraîneur a avoué avoir eu la peur de sa vie, car si c’était dans une ruelle, le barbu l’aurait sûrement descendu. Même Shahla s’est fait écœurer après le reportage. Des hommes l’invectivaient dans la rue et elle a aussi reçu des menaces de kidnapping.

Certes, la situation sécuritaire s’est détériorée depuis 2010 et le danger du retour des talibans aux affaires ne serait qu’une formalité une fois les derniers soldats des forces de l’OTAN auront quitté le pays, n’empêche, l’espoir persiste qu’un autre Afghanistan serait possible.

Cet espoir est porté par une jeune Afghane issue du programme de boxe mis en place par le comité olympique en 2007. Sadaf Rahimi va boxer aux Jeux olympiques de Londres. Elle combat dans la catégorie des poids coq (moins de 54 kilos). Elle est soutenue par sa famille et elle marche sur les traces de Robina Muqimyar, une Afghane qui a participé à des épreuves de sprint à Athènes. Une autre Afghane, la coureuse de demi-fond Mehboda Ahdyar, devait aller aux Jeux olympiques de Pékin en 2008, mais elle n’a finalement pas pu y participer parce qu’elle était blessée. On murmure entre les branches que c’est plutôt parce qu’elle avait peur des talibans.

À Londres où la boxe féminine fera son entrée dans les JO, une pugiliste aura les regards de toute la planète rivés sur ses poings. Elle boxera pour toutes les siennes et nous toutes et tous!

**À voir: Les boxeuses de Kaboul, d’Ariel Nasr, produit en 2011

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