Come on, Rod!
Maudite marde! J’étais tout content! Fier! Un génie! Tsé quand t’as une idée de cadeau. Pas un cadeau de fête. Juste un cadeau comme ça. Un achat, un don qui tire sa valeur de l’envie que la personne a de ladite chose. J’avais cette chose à portée de la main!
Je tourne les pages du journal. Entre deux faces de vedettes d’ici, une vedette de là-bas. Le vieux Rod! Rod Stewart! Le chanteur de ma mère. Un vieux dinosaure figé dans le temps. Plus précisément en 1982. C’est pas clair si c’est lui qui chante ou sa statue de cire. Paraît que s’il chante trop proche des lumières, y fond. Bref, c’est un chanteur sur lequel ma mère trippe. Son petit péché mignon quétaine.
Checke-moi l’idée! Je l’amène! J’achète une paire de billets! Ma mère pis moé, on va voir Rod! Je risque d’être de loin le plus jeune, peut-être même trop jeune! Mais c’est pas grave, je mettrai un costume. Je traîne toujours un masque de vieux monsieur dans mon char. Pour mes tournois de pétanques under cover.
Je vais sur le site pour acheter des billets. «Billets à partir de 255 $.» De QUESSÉ!!? À P…A …R….T….I…..R de 255 PIASSES!! Non, mais y est fou, lui! C’est une fois qu’on est mort qu’on prend une valeur absurde, pas quand on l’air d’être mort!!! Voir que j’ai 500 piasses à mettre sur des billets de show! De show de Rod Stewart!
«Oui, mais c’est une légende vivante!» Les légendes sont devenues des légendes parce qu’à un moment donné, dans leur vie, elles ont atteint un niveau de talent inégalé. Ce niveau-là est légendaire. Les joueurs de hockey voient leur salaire baisser avec l’âge parce que le rendement légendaire n’a plus lieu. Alors, pourquoi les chanteurs c’est pas pareil? Voir que tu vas me pousser la chanson, le show aussi loin que dans l’temps que tu conduisais une Ferrari rouge carrée, Rod!
Tu me fais de la peine, Rod. J’étais tout content. Je me voyais aller chercher ma pauvre mère malade (OK, j’en mets, elle n’est pas malade du tout, mais dites-le pas à Rod, il le sait pas). Je me voyais lui dire un certain samedi soir : «Mets-toi belle! À soir, j’te sors!» Ça n’arrivera pas. Désolé, maman. T’avais juste à pas m’encourager à devenir humoriste. Mets-toi correcte, on va au cinéma.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.