Rubans multicolores
C’est lourd! J’ai pas eu la meilleure idée pour commencer mon dimanche. En fait, l’intention était là. «On devrait se louer un film, là, en après-midi». Je suis comme ça. Un rebelle! Le Jim Morrison des clubs vidéo. «Come on baby light my television!». L’idée était bonne, mais le choix de film…
Le Ruban blanc. Pas mauvais. Juste lourd. Pas lourd à cause du fait que c’est tourné en noir en blanc. Ça, moi, ça me fait rien. Je ne suis pas antistyle. C’est pas parce que je conduis une Hyundai Elantra 2000 avec des sièges arrière qui servent de dump que je ne suis pas capable d’apprécier la finesse. Un rebelle oui, mais un rebelle avec un foulard qui sent le cuir.
Pas lourd non plus parce que le film est allemand. J’avoue que pour le fun, je l’ai commencé en allemand. Je voulais avoir le véritable pouls du film. Après trois minutes j’en avais assez. Mon pouls à moi commençait à aller un peu trop vite. À part «Je t’aime», je ne comprends rien d’autre d’allemand. Et dans ce film, des «je t’aime» y’en a autant que des «j’vous bullshit» dans la bouche de Jean Charest.
Donc, noir et blanc, traduit en français, à date, tout est beau. Le contenu? Un petit village d’habitantsdressés bien droits. Tout propres, tenus en rang par un baron et un pasteur. Y est là le lourd. L’inévitable tort, l’absolue souffrance physique et psychologique que le pouvoir et la religion peuvent causer. En fait, ce film aurait bien pu être un film d’époque québécois, avec Rémy Girard dans le rôle du baron, et Pierre Lebeau dans le rôle du pasteur. Roy Dupuis lui? Un bel homme un peu mystérieux qui coupe du bois à un moment donné. Classique.
Se faire rappeler, un dimanche après-midi, cette triste réalité passée, c’est lourd. Ça l’est sûrement un lundi matin dans un journal. Je m’en excuse. Si au moins vous aviez le popcorn pour alléger le tout. Mais bon, sûrement que c’est à ça que servent les films. Nous rappeler d’où on vient pour ne plus y retourner. Le village grossit vite, des hommes de pouvoir véreux et des chefs religieux, y en a encore. J’ai pas envie de vivre en noir et blanc, j’aime les couleurs! Je dirais même : «Ich liebe die Farben!»
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.