Ça coûte rien dire merci
Seize ans, trop de bras, pas assez de muscles. Mon but d’être archéologue comme mon idole Indiana Jones est derrière moi. Peur des serpents? Non. Peur de la charge d’étude. Peur, paresse… qui sait.
Je suis fasciné depuis ma jeune jeunesse par l’humour, mais ce n’est pas un but, pour le moment. Une certaine journée, de retour de mon école secondaire, je remarque sur la table un journal ouvert avec une note à côté. «J’ai vu une annonce dans le journal ce matin pour un concours d’humoristes amateurs dans un bar. Je l’ai encerclée. À tantôt. Maman.»
En un instant, un simple intérêt est devenu un projet d’une soirée, une expérience, un essai. Résultat? Mauvais. Même très mauvais. Mais… trois rires. Trois rires sur dix minutes. Ça n’en prenait pas plus. Ils m’ont rentré dans le corps et se sont soudés à ma colonne vertébrale. C’était fait. Le rire et moi ne ferions qu’un à jamais. Comme la première fois où le chocolat a touché ma langue. En un instant un simple essai est devenu une passion, un but, une certitude. Je serais humoriste.
J’écris ces mots de Val-d’Or. J’animais pour la fin de semaine le Festival d’humour de l’Abitibi. Trois soirs sur une scène extérieure avec des milliers de personnes assises, à l’écoute, aux rires généreux. On nous traitait comme des rois. Avion, hôtel, restaurants, transport partout dans la ville quand on voulait, et….chocolat! Oubliez le roi, pensez Pharaon!
Ma mère, comme plusieurs personnes, ne goûtera jamais à ce genre de privilège. Comme avoir des commentaires positifs gratuits à des moments où on en a le plus besoin. J’en ai fait pas mal, des jobs, dans ma vie. Jamais, au grand jamais, une journée que je «feelais» comme une plante fanée, un inconnu à l’épicerie ne m’a dit : «Heille, tu travailles au Dagiovanni, toi? Faut je te dise, j’ai jamais vu un boss boy remplir un rack à ustensiles comme toi. Lâche pas, t’es vraiment bon!»
Je tenais simplement à dire merci. Merci à ma mère d’avoir découpé une annonce dans le journal il y a de ça plus de 10 ans. Et merci à vous. Merci de me permettre de vivre de ce métier, et merci pour les privilèges de luxe. Je pense m’acheter une couronne et un cheval blanc bientôt. Ah, et à tous les commenteux que j’ai croisés dans mon chemin… J’espère que vos chips sont bonnes.