Le plus beau sapin

On finit l’année avec une histoire. J’ai le goût de jouer au conteur. Je mets une chemise à carreaux, un chapeau. Une pipe en main, je m’assois sur une chaise. Silence. Je me penche vers vous. (Lisez avec une grosse voix en tête s.v.p., sinon c’est moins bon.)

Noël 1992. (Pas assez grosse, la voix. On se concentre s.v.p. On recommence.)

Noël 1992. (Mieux.) Le quartier Villeray brille de tout son brun. La Plaza Saint-Hubert sèche de tous ses toits.

Rue Villeray, avenue De Châteaubriand, il se dresse un duplex à la colonne tordue. C’est pratique pour les courses de hotwheels. Lâchez d’un coin de plancher, et le tour est joué.

En face du logis, le paradis. Du moins pour le gamin. Pour un garçon de neuf ans, un magasin de jouets et de modèles réduits. Je répète, c’est le paradis. Et pourtant. Le paradis n’a rien de joyeux lorsqu’on peut y entrer, mais ne rien goûter. Plusieurs fois, le petit homme s’y est promené. Toutes les fois, le propriétaire l’a expulsé. C’est connu. La pauvreté, c’est fait pour rêver, pas pour acheter.

Un soir, la panique s’installe à table. Même pas invitée! Effrontée. (Ne lâchez pas la grosse voix.) La mère et le conjoint sont troublés. On parle de sapin. D’absence de sapin. Un Noël sans cadeaux, on peut faire, mais sans sapin? «Boy, viens ici!» La voix du copain : «Va dans tous les garde-robe puis apporte-moi tous les supports de métal et ton bâton de hockey.» Wow! Une mission! La passion des garçons!

La marchandise dans la cuisine, commence le travail. Des pinces, du tape électrique, des supports unis en cône autour du bâton. Le projet dans le salon, commence la magie. Faire disparaître la clôture de métal qui entoure Louiseville avec des guirlandes, des boules et des glaçons. Tout le monde y travail. La mère, le copain, le gamin, la sour plus vieille. Il reste un trou à couvrir et… voilà! Le tour est joué! Noël est sauvé!

Le magasin du vieux a fait faillite depuis belle lurette. Le garçon, lui, gagne sa vie grâce à son enfance passée dans sa tête et non en magasin. Il déteste toujours Noël, sauf un. Celui qui a eu un sens, le seul. Le Noël où il n’a plus jamais eu peur de manquer de rien. Le Noël du plus beau sapin.

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