Mon pays, c'est l'hiver
Je suis revenu de voyage hier. Où j’étais? J’étais à Montréal, dans un taxi. J’adore prendre le taxi. Ça permet de voyager pas cher. Un voyage de culture, de valeurs, de vision du monde. Pas besoin de passeport, de 1000 $, d’un manteau en polar. Une main levée au bon moment suffit pour partir en voyage.
Hier soir, j’en ai fait tout un. Un beau. Je me suis retrouvé à Montréal, en novembre 1974, en compagnie d’un Haïtien qui voit, ressent sa première neige. J’aurais voulu y rester tellement c’était beau.
«Ah, mon ami! La neige! Je me souviens de la première fois que je l’ai vue… Je suis arrivé au Québec le 3 novembre, et la première neige est tombée le 14 novembre, c’était… un mardi! On n’oublie pas une journée comme ça, mon ami. On n’oublie pas.» Je ne savais plus s’il parlait de la neige ou de la femme de sa vie tellement il avait d’étoiles dans les yeux. Il a continué à me parler de sa première neige en agitant ses mains comme s’il tenait un souvenir entre ses doigts, excité de me le montrer.
«Dans mon pays, la neige, c’est… c’est un conte de fées. C’est comme les souliers de Cendrillon. C’est dans le monde du fantastique. Vous ne pouvez pas comprendre, ici. Ce n’est pas comme voir la mer pour la première fois. La mer, c’est de l’eau, tout le monde a vu un jour un lac ou une rivière. Mais la neige, mon ami, la neige! C’est de la magie qui tombe du ciel!»
Il m’a parlé de la neige avec tellement de passion qu’en sortant du taxi, je souhaitais en maudit qu’il neige. Je regardais vers le ciel. Rien. Juste des nuages à moitié gros, des arbres complètement nus. Rien, pas un flocon. Fini le voyage, j’étais de retour à Montréal en 2009.
Je peux vous dire que cette année, je l’attends, la première neige! Ma tuque et mes gants sont lavés, séchés, repassés, placés bien droits sur une tablette. Je veux que la neige sente que je l’attendais, que je l’espérais. Dans quatre mois je vais sacrer après et souhaiter sa mort, mais bon, si pour un petit moment, je peux faire la paix avec une vieille amie et espérer un peu de bonheur, pourquoi pas? C’est épuisant de chialer. Des fois, faut juste regarder la neige tomber.